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- Deux tempéraments, pas deux étiquettes
- Ce qui nourrit l’enfant qui aime prendre les devants
- Ce que développe l’enfant qui préfère suivre
- Le respect et la tolérance ne s’apprennent pas en option
- Les parents, l’école et ce que le budget décide
- Les activités mixtes, pour apprendre les deux rôles
- Ce qui compte, c’est de savoir changer de place
Certains enfants lèvent la main avant d’avoir entendu la question, distribuent les rôles dans la cour et proposent la règle du jeu. D’autres observent, s’ajustent, entrent dans la partie une fois qu’elle a commencé. On appelle volontiers les premiers des meneurs et les seconds des suiveurs, mais il s’agit de deux manières d’être en groupe, pas de deux niveaux de valeur. Associé aux bonnes pratiques en matière de parentalité positive, repérer ces tendances aide à accompagner un enfant sans le contraindre.
La question devient concrète au moment des inscriptions de septembre. Selon le baromètre de la Caisse nationale des allocations familiales repris par le Haut Conseil de la famille, 56 % des enfants de 3 à 10 ans pratiquent chaque semaine une activité encadrée, et ce taux grimpe de 27 % chez les 3-5 ans à 74 % chez les 9-10 ans. Faut-il pour autant choisir l’activité en fonction du caractère de l’enfant ?
Deux tempéraments, pas deux étiquettes
Un enfant qui mène à six ans ne mènera pas forcément à onze, et celui qui se tient en retrait dans un groupe de vingt peut prendre les devants à trois. Le rôle tenu dépend autant du contexte que du caractère : la familiarité du lieu, la présence d’un adulte de confiance, le nombre d’enfants. Coller une étiquette durable sur un enfant de sept ans revient à figer une photographie prise à un instant précis.
La distinction garde pourtant son utilité. Elle éclaire ce vers quoi l’enfant va spontanément et, surtout, ce qu’il évite. Un enfant qui organise les jeux gagnera davantage à apprendre à céder la main qu’à confirmer ce qu’il sait déjà faire, et l’inverse vaut tout autant.
Encore faut-il de la place pour essayer. Le même baromètre relève que 77 % des enfants inscrits ne pratiquent qu’une seule activité : le créneau du mercredi se décide souvent à cinq ans, puis se reconduit sans grand réexamen.
Ce qui nourrit l’enfant qui aime prendre les devants
L’enfant porté vers l’initiative se déploie dans les cadres qui lui demandent de décider, d’argumenter et d’assumer. Le sport collectif est la voie la plus fréquentée : l’INJEP a recensé 17,2 millions de licences annuelles délivrées en 2024, dont la moitié à des détenteurs de 16 ans ou moins. Quelques pistes s’y prêtent particulièrement :
- les échecs, pour la stratégie, la patience et la prise de décision assumée ;
- les sports d’équipe, pour le travail en groupe et la gestion du stress collectif ;
- le club de débat ou l’atelier d’éloquence, pour construire un argument et l’entendre contredire ;
- le théâtre, pour occuper l’espace et tenir un rôle devant les autres.
Le football concentre à lui seul près de 2,35 millions de licences, ce qui en fait la première proposition faite aux familles. Le collectif n’apprend pas que le commandement : il enseigne aussi la passe, le remplacement, la décision d’un arbitre qu’on n’approuve pas.
Un enfant qui aime diriger a rarement besoin qu’on renforce ce réflexe. Ce qui lui manque se trouve du côté de l’écoute, et cela s’apprend là où il n’est pas au centre.
Ce que développe l’enfant qui préfère suivre
Rester en retrait n’est pas une faiblesse à corriger. L’enfant qui observe avant d’agir développe une attention aux autres et une endurance à l’effort discret que les groupes finissent toujours par réclamer. Les activités artistiques lui offrent un terrain où l’on s’exprime sans décider pour les autres, même si elles restent minoritaires : 14 % des enfants pratiquent une activité artistique et 8 % une activité culturelle.
- les activités artistiques, peinture, danse ou modelage, pour l’expression personnelle ;
- les lectures partagées en petit groupe, pour la compréhension et la patience ;
- la musique en ensemble, pour tenir sa partie sans couvrir celle du voisin ;
- le scoutisme et les activités de nature, pour l’esprit d’équipe et l’autonomie progressive.
La pratique artistique pèse plus lourd qu’il n’y paraît. Le ministère de la Culture estime à 1,2 million le nombre d’enfants pratiquant la musique, la danse ou le théâtre, conservatoires publics, écoles associatives et structures privées confondus.
Ces disciplines ont une vertu souvent sous-estimée : elles réclament de la constance plutôt que de la performance immédiate, et récompensent l’enfant qui revient chaque semaine sans faire de bruit.

Le respect et la tolérance ne s’apprennent pas en option
Quel que soit le profil, une activité encadrée est d’abord un lieu où l’on croise des enfants qu’on n’a pas choisis. C’est là que se jouent le respect de l’adversaire et l’acceptation d’une règle commune. 91 % des enfants inscrits font du sport, ce qui fait du vestiaire et du terrain les premiers lieux d’apprentissage collectif hors de l’école.
Le plaisir reste toutefois la condition de tout le reste, et il ne se décrète pas depuis le caractère supposé de l’enfant.
Le principal, c’est de trouver une activité avec une approche ludique et qui plaise à l’enfant. C’est bien de le faire toucher à tout pour connaître ses goûts.
Emmanuelle Rondeleux, pédiatre, dans le magazine Vies de famille de la Caf, 12 mai 2022
Les parents, l’école et ce que le budget décide
Le rôle des parents ne se résume pas à repérer un profil. Il consiste à ouvrir des portes, à accepter l’abandon d’une discipline qui ne prend pas et à garder le dialogue avec les encadrants. Une conversation avec un éducateur révèle souvent ce que la maison ne voit pas : un enfant peut mener au club et se faire discret en classe.
L’école reste un terrain d’observation irremplaçable. Projets de groupe, sorties, élections de délégués : chaque situation redistribue les rôles, et le passage au collège rebat les cartes plus brutalement encore.
Les moyens du foyer pèsent enfin plus lourd qu’on ne l’admet. Selon l’Insee, la pratique sportive hebdomadaire des collégiens s’établit à 76 % quand les parents gagnent moins de 1 600 euros par mois, contre 90 % à partir de 4 000 euros, et l’écart se retrouve selon leur diplôme, de 75 % à 88 %.
Des dispositifs amortissent la marche. Le pass Sport, porté à 70 euros en 2025, utilisable dans plus de 85 000 structures partenaires, a bénéficié à plus de 3,5 millions de jeunes depuis 2021.
Les activités mixtes, pour apprendre les deux rôles
La piste la plus intéressante consiste peut-être à ne pas trancher. Jeux coopératifs, courses de relais, jeux de rôle, grands jeux de plein air : ces formats font tourner les responsabilités et placent tour à tour chaque enfant en position de décider puis de suivre. Personne n’y reste durablement à la même place, et c’est ce qui les rend formateurs.

Cette variété répare aussi des écarts installés très tôt. Toujours selon l’Insee, 78 % des filles pratiquent un sport chaque semaine contre 87 % des garçons, et la différence atteint 15,6 points sur la détention d’une licence.
Reste à ne pas remplir l’agenda jusqu’au dernier interstice. Les plages de temps vide font partie de l’apprentissage au même titre que le cours de judo : un enfant qui s’organise seul un samedi après-midi apprend, lui aussi, à mener.
Ce qui compte, c’est de savoir changer de place
L’épanouissement d’un enfant tient moins à son penchant naturel qu’à sa marge de manœuvre. Prendre la tête quand la situation l’exige, s’effacer quand un autre est mieux placé : c’est le passage d’un rôle à l’autre qui s’apprend, et aucune activité ne l’enseigne à elle seule.
Le sujet dépasse le seul choix du mercredi. Le Haut Conseil de la famille relève que 25 % des moins de 11 ans n’ont aucune activité encadrée et chiffre à 700 000 les places manquantes ; le ministère des Sports observe qu’à 14 ans, près d’un collégien sur cinq n’a pas de pratique sportive régulière.
Derrière la question du meneur et du suiveur s’en profile une plus large : celle des lieux où les enfants apprennent encore à vivre ensemble, hors de l’école et hors de la famille. La place laissée à ces temps-là dit beaucoup de ce qu’une société attend de ses enfants.

