Conserver ses herbes aromatiques : récolte, séchage et congélation pour en profiter toute l’année

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Un pot de basilic acheté au marché, quelques branches de menthe offertes par un voisin, une touffe de persil qui file en graine au jardin : la belle saison fait pousser les herbes aromatiques plus vite qu’on ne les consomme. Conserver ces herbes, c’est tout simplement prolonger leur durée de vie au-delà de quelques jours, en les séchant ou en les congelant pour garder leur parfum. Le geste n’a rien de nouveau : on suspendait déjà des bouquets de thym dans les cuisines paysannes bien avant l’arrivée du réfrigérateur.

Le sujet touche un point sensible du quotidien : selon l’ADEME, chaque Français jette en moyenne près de 30 kg de nourriture par an à son domicile, herbes fanées comprises. Quand un sachet de basilic frais coûte deux à trois euros et finit souvent noirci au fond du bac à légumes, apprendre à le conserver devient un petit geste d’économie autant que de cuisine. Comment, alors, garder sous la main des herbes parfumées toute l’année sans rien gâcher ?

Récolter au bon moment, le geste qui change tout

Tout commence avant même la conservation, au moment de la coupe. Les arômes d’une herbe sont à leur maximum juste avant la floraison, le matin, une fois la rosée évaporée mais avant les grosses chaleurs. C’est à cet instant que les huiles essentielles, responsables du parfum, sont les plus concentrées dans les feuilles.

Une coupe propre au ciseau, en prélevant au maximum le tiers supérieur de la tige, évite d’épuiser le plant. Une herbe régulièrement taillée repart d’ailleurs de plus belle : un pied de basilic bien pincé peut produire des feuilles pendant quatre à cinq mois, de mai à septembre. Récolter en petites quantités mais souvent reste la meilleure façon de ne jamais manquer de feuilles fraîches.

Cette première étape se prête bien à une activité partagée, et c’est une bonne occasion de jardiner au potager en famille. Une fois les tiges récoltées, le tri est rapide : on retire les feuilles abîmées, jaunies ou tachées, qui se conserveraient mal et gâcheraient le reste. Restent alors deux grandes familles d’herbes, qui ne demandent pas du tout le même traitement.

Sécher les herbes ligneuses sans matériel

Le séchage convient surtout aux herbes dites ligneuses, à tige dure et à feuille robuste : thym, romarin, laurier, origan, sarriette. Ces aromatiques perdent peu de leur caractère en séchant, et certaines, comme l’origan, voient même leur goût se concentrer à mesure que l’eau s’évapore. La méthode la plus simple ne réclame aucun appareil : on rassemble de petits bouquets, qu’on suspend tête en bas pendant huit à dix jours dans une pièce sèche, aérée et à l’abri de la lumière directe.

Une température autour de 20 à 25 °C et un air qui circule évitent que les feuilles ne moisissent avant d’être sèches. Une fois cassantes sous les doigts, elles s’effritent et se rangent dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière, où elles gardent leur parfum près d’un an. Les herbes tendres, elles, supportent beaucoup moins bien ce traitement et réclament une autre approche.

Congeler pour garder le parfum des herbes fragiles

Le persil, la ciboulette, l’aneth, l’estragon, la coriandre ou la menthe perdent presque tout leur arôme une fois séchés. Pour ces herbes tendres, la congélation reste la meilleure alliée : elle fige le parfum quasiment intact et les feuilles se gardent ainsi de six à douze mois sans perte notable de goût.

Le plus pratique consiste à ciseler les herbes lavées et bien séchées, puis à les répartir dans un bac à glaçons avant de couvrir d’eau ou d’huile d’olive et de placer le tout au congélateur. Une fois pris, les cubes se glissent dans un sac de congélation et se dosent à la cuillère, au fil des plats. Le basilic, qui noircit au froid, garde une plus belle couleur quand on le congèle nappé d’un filet d’huile.

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Démonstration des trois méthodes de conservation des herbes : réfrigérateur, congélateur et séchage.

Cette technique du glaçon parfumé a l’avantage de proposer des portions prêtes à l’emploi, sans avoir à décongeler tout un sachet. Reste que la conservation, aussi soignée soit-elle, commence toujours par quelques précautions de base souvent négligées.

Les gestes à ne pas négliger avant de conserver

Qu’on choisisse le séchage ou la congélation, la réussite tient à quelques règles simples, valables pour toutes les herbes. Les ignorer, c’est risquer des feuilles qui moisissent, noircissent ou fanent en quelques semaines. Voici les réflexes à garder en tête avant de remplir bocaux et bacs à glaçons :

  • laver les herbes à l’eau fraîche, puis les sécher très soigneusement, car la moindre humidité résiduelle favorise les moisissures au congélateur comme au séchage ;
  • travailler vite après la récolte ou l’achat, idéalement dans les heures qui suivent, tant que les feuilles sont encore bien fermes ;
  • étiqueter chaque bocal et chaque sachet avec le nom de l’herbe et la date, les aromatiques séchées ou congelées se ressemblant beaucoup ;
  • éviter de mélanger plusieurs herbes dans un même contenant si l’on veut pouvoir les doser séparément en cuisine ;
  • garder les bocaux à l’abri de la lumière et de la chaleur, qui ternissent la couleur et dissipent les arômes.

Ces précautions ne coûtent que quelques minutes, mais elles font toute la différence entre des herbes encore parfumées en plein hiver et un bocal de poussière sans goût. Ce sont les mêmes réflexes qui aident à limiter le gaspillage à la maison, en valorisant ce que l’on a déjà sous la main. Encore faut-il savoir quelle méthode privilégier selon l’herbe que l’on tient.

Quelle méthode pour quelle herbe

Toutes les aromatiques ne réagissent pas de la même façon : certaines s’épanouissent au séchage, d’autres n’y survivent pas. Ce tableau résume la méthode la plus adaptée aux herbes les plus courantes des cuisines françaises, ainsi que la durée de conservation que l’on peut en attendre.

HerbeMéthode conseilléeDurée de conservation
Thym, romarin, laurierSéchage en bouquetEnviron 1 an
Origan, sarrietteSéchage en bouquetEnviron 1 an
Persil, ciboulette, anethCongélation ciselée6 à 12 mois
BasilicCongélation dans l’huile6 à 12 mois
Menthe, estragon, coriandreCongélation ciselée6 à 12 mois

Ce partage n’a rien d’absolu : rien n’interdit de sécher un peu de menthe pour une infusion ou de congeler du thym déjà effeuillé. Le bon repère reste la texture de la feuille, les herbes coriaces s’accommodant du séchage quand les tendres préfèrent le froid.

Des herbes du jardin à l’assiette, toute l’année

Conserver ses herbes, ce n’est pas seulement s’épargner un achat à deux ou trois euros chaque semaine. C’est garder à portée de main la possibilité de relever un plat d’hiver avec le parfum d’un été passé, et redécouvrir que la cuisine la plus simple tient souvent à ces petits riens odorants. Ce plaisir du fait-maison rejoint celui que l’on trouve à préparer ses produits du quotidien soi-même.

La cuisine, c’est quand les choses ont le goût de ce qu’elles sont.

Curnonsky, critique gastronomique français (1872-1956)

Garder une herbe, c’est précisément faire en sorte qu’elle continue d’avoir ce goût-là, même loin de sa saison. À l’heure où la moindre botte de persil parcourt parfois des centaines de kilomètres avant d’arriver dans un sachet plastique, ces quelques bocaux alignés sur l’étagère racontent une autre façon de cuisiner, plus patiente et plus proche du jardin.

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