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- Que prévoit l’école en matière d’éducation à la vie affective ?
- À quel âge un parent peut-il aborder la sexualité avec son enfant ?
- Les lieux où un jeune peut poser ses questions sans payer ni s’inscrire
- Comment ouvrir le dialogue sans forcer la confidence ?
- Ce qui se dit vraiment dans une séance au collège
- Ce que le silence laisse s’installer
La question tombe rarement au bon moment, entre le dessert et le cartable à préparer : une remarque sur un garçon de la classe, un mot attrapé dans la cour, une série regardée en cachette. La vie affective et relationnelle, c’est exactement ce terrain-là : apprendre à vivre avec son corps, à nommer ce que l’on ressent et à construire des relations où le respect de l’autre n’est pas accessoire. Rien d’exceptionnel, donc, mais un sujet sur lequel beaucoup de parents avancent à tâtons.
L’éducation nationale a publié le 6 février 2025 un programme dédié, de la maternelle au lycée, qui fait de cette matière une discipline à part entière plutôt qu’une heure glissée entre deux cours de sciences. Maisons des adolescents, points d’accueil et d’écoute, centres de santé sexuelle : un réseau de structures gratuites reçoit par ailleurs les jeunes et leurs parents partout en France. Que reste-t-il alors à la charge du parent, à table, quand la question arrive ?
Que prévoit l’école en matière d’éducation à la vie affective ?
L’école doit y consacrer au moins trois séances par an. L’article L. 312-16 du code de l’éducation fixe cette obligation pour les écoles, les collèges et les lycées, et le programme publié le 6 février 2025 en détaille le contenu niveau par niveau, de la maternelle au CAP, autour de trois axes.
Ces trois axes se lisent comme un itinéraire : se connaître et grandir sereinement avec son corps, rencontrer les autres et construire des relations respectueuses, trouver sa place dans la société en restant libre et responsable. Le premier degré n’aborde pas la sexualité : à la maternelle et à l’élémentaire, il est question d’émotions, de respect, de ce que l’on garde pour soi et de ce qui doit être signalé à un adulte.
Au collège et au lycée s’ajoutent l’anatomie, la reproduction, la contraception, la prévention des infections sexuellement transmissibles et la notion de consentement. L’établissement affiche ce contenu aux familles, et cela change la conversation à la maison : le parent n’a plus à tout défricher seul, il peut partir de ce que son enfant a déjà entendu en classe.
À quel âge un parent peut-il aborder la sexualité avec son enfant ?
Bien avant l’adolescence, mais pas sur les mêmes sujets. Le programme scolaire n’aborde la sexualité qu’à partir de la sixième ; avant, il travaille les émotions et le respect. Les maisons des adolescents accueillent dès 11 ans, les points d’accueil et d’écoute jeunes dès 12 ans.
La puberté déplace le regard que le jeune porte sur les autres et sur lui-même, et c’est souvent là que la porte se referme à la maison. Les questions continuent pourtant d’arriver, simplement elles changent d’adresse : un camarade, une vidéo, un forum. Le moteur de recherche remplace vite le parent silencieux, avec des contenus rarement calibrés pour un collégien, comme le montrent déjà les heures passées sur les réseaux.
Les lieux où un jeune peut poser ses questions sans payer ni s’inscrire
Quand la conversation familiale cale, un réseau de structures prend le relais, et beaucoup de familles en ignorent l’existence. D’après le magazine Vies de famille, édité par la branche Famille, les adresses à connaître sont les suivantes :
- les maisons des adolescents (MDA), qui reçoivent les jeunes de 11 à 25 ans, leurs parents et les professionnels, avec des équipes pluridisciplinaires ;
- les points d’accueil et d’écoute jeunes (PAEJ), ouverts de 12 à 25 ans, gratuitement, anonymement et sans inscription, dont 206 sont financés par la Caf ;
- les centres de santé sexuelle, pour la contraception, le dépistage et les consultations médicales ;
- le Planning familial, référence pour l’information, l’éducation à la sexualité et l’accès aux droits ;
- Fil Santé Jeunes, joignable au 0 800 234 236 et par chat, pour une écoute anonyme ;
- la plateforme Onsexprime.fr, éditée par Santé publique France, qui traite du consentement, des émotions et de la contraception.
Les professionnels de ces lieux interviennent aussi dans les collèges et les lycées, au titre du programme d’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité. Un jeune peut croiser le même interlocuteur en classe puis en rendez-vous, ce qui désamorce une partie de la gêne. Les annuaires cartosantejeunes.org et anmda.fr donnent les adresses les plus proches du domicile.
Comment ouvrir le dialogue sans forcer la confidence ?
En se rendant disponible plutôt qu’en préparant un discours. Au point d’accueil et d’écoute jeunes Le Passage, à Carpentras, l’équipe reçoit aussi les parents sur ces questions et leur répète qu’aucune expertise n’est attendue d’eux. La posture compte davantage que le contenu, et elle s’apprend.
Il faut plutôt avoir une posture de disponibilité, ouvrir le dialogue sans forcer la confidence, être ouvert sans être intrusif.
Chancella Pierlot, médiatrice jeunesse au point d’accueil et d’écoute jeunes Le Passage à Carpentras, dans le magazine Vies de famille de la branche Famille, le 10 août 2026
Cette disponibilité a des traductions très concrètes : ne pas transformer une question en entretien, accepter de répondre qu’on ne sait pas, admettre que certains pans de la vie d’un adolescent ne regardent pas ses parents. Le réflexe reste celui qui vaut pour les questions d’un plus jeune enfant : une réponse courte et juste vaut mieux qu’un exposé.
Restent les situations où le sujet passe mal, par pudeur ou par histoire familiale. Les structures évoquées plus haut existent aussi pour ces cas : elles prennent le relais sans disqualifier le parent et orientent, si nécessaire, vers le Planning familial ou l’hôpital. Ce qui se joue en séance collective éclaire souvent ce qui se joue dans la cuisine.
Ce qui se dit vraiment dans une séance au collège
À la maison des adolescents l’Agora, à Niort, une trentaine d’élèves de troisième ont passé une matinée en atelier sur la vie affective et sexuelle, répartis en deux groupes. Une équipe d’une quinzaine de professionnels y travaille, du médecin à l’éducatrice en passant par la sage-femme et l’assistante sociale, sur les sites de Niort et de Bressuire et dans quatre antennes du département.
Dans le premier groupe, les adolescentes posent leurs questions à partir d’un jeu de cartes, ce qui évite d’avoir à les formuler à voix haute devant tout le monde. Une sage-femme et une conseillère conjugale et familiale répondent, dessins à l’appui, sur le fonctionnement du corps et sur la douleur que redoute la première fois. Les réponses sont rarement binaires, et le groupe finit par s’accorder sur un « ça dépend » que personne n’aurait osé avancer seul.
Les garçons, eux, reviennent massivement sur le consentement, avec une inquiétude récurrente : être accusé à tort. Les professionnelles y répondent en remettant la relation et la confiance au centre, tout en restant attentives au retour en force des discours masculinistes. Les écarts de maturité dans une même classe d’âge obligent à ajuster le vocabulaire d’un groupe à l’autre.
L’après-midi, la salle d’attente se remplit de jeunes venus seuls, parfois accompagnés d’un parent ou d’un ami. L’équipe décrit une mission d’orientation autant que d’écoute : répondre, puis renvoyer vers le Planning familial, un centre de santé sexuelle ou la pédopsychiatrie quand la situation le demande. Personne n’attend du parent qu’il tienne ce rôle.
Ce que le silence laisse s’installer
Trois séances par an, c’est le plancher fixé par le code de l’éducation, et cela pèse peu face au flux de contenus qu’un collégien croise chaque jour sur son téléphone. L’écart se comble à la maison, par des phrases courtes plutôt que par de grandes conversations, un peu comme se négocie le cadre posé autour des écrans.
Le programme de 2025 a mis des mots officiels sur un terrain longtemps laissé à l’initiative de chacun. Reste la part qui ne se décrète pas : la disponibilité d’un adulte au moment où la question surgit, sans préavis et rarement sur le créneau prévu. Ce qu’un jeune retient, c’est qu’il a pu demander, et qu’on ne lui a pas laissé entendre qu’il dérangeait.

