Le sport du soir ne rachète pas la journée assise : ce que les agences sanitaires ont tranché

Une séance de course le soir, et l'impression d'avoir soldé une journée entière passée assis. Les agences sanitaires ne comptent pourtant pas ces deux choses de la même façon, et ce détail change la liste des gestes qui protègent vraiment.

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Quarante-cinq minutes de course le mardi soir, une longueur de bassin le samedi matin, et la conscience tranquille pour le reste de la semaine. Le raisonnement paraît imparable : on a bougé, donc l’ardoise est effacée. Les chercheurs qui mesurent nos journées, eux, ont pris l’habitude de séparer deux choses que nous confondons depuis des décennies, le manque d’activité physique d’un côté, la sédentarité de l’autre.

La sédentarité a une définition précise et assez peu flatteuse : toutes les situations passées assis ou allongé pendant les heures d’éveil, avec une dépense d’énergie très faible. Le trajet en voiture, les heures d’écran, le repas devant la télévision, la soirée dans le canapé. Rien de tout cela ne dépend du sport qu’on pratique, et l’on peut donc être très sportif et très sédentaire en même temps. Cette séance hebdomadaire rachète-t-elle vraiment les heures passées assis le reste du temps ?

Deux facteurs de risque qui n’ont presque rien en commun

Santé publique France le rappelle en préambule de ses propres résultats : la sédentarité est distincte du manque d’activité physique. Ce sont deux facteurs de risque quasi indépendants, qui se cumulent et se compensent très difficilement l’un l’autre. Courir trois fois par semaine et passer neuf heures assis coche la première case sans effacer la seconde.

Le Baromètre 2024 de Santé publique France, publié en décembre 2025, donne l’ampleur du phénomène. 28 % des adultes de 18 à 79 ans déclarent passer plus de sept heures par jour en position assise, et la proportion dépasse 40 % chez les 18-29 ans, les personnes les plus diplômées et les cadres.

Le profil type n’est pas celui qu’on imagine. Les plus exposés ne sont pas les moins sportifs : ce sont les étudiants, les cadres et les télétravailleurs réguliers, souvent jeunes, souvent diplômés, très souvent abonnés quelque part. Reste à comprendre ce que ces heures immobiles font au corps.

Ce que le corps met en veille quand il ne bouge plus

Rester assis ne demande aucun effort, et c’est précisément le problème. La dépense énergétique tombe très bas, les muscles des jambes cessent de solliciter la circulation, et la gestion des sucres et des graisses se dérègle peu à peu. L’Anses considère qu’au-delà de huit heures par jour passées assis, l’exposition devient un risque avéré.

La liste des conséquences a de quoi refroidir. L’INRS, qui vient de consacrer une publication entière au sujet, cite les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, l’obésité, certains cancers, les troubles musculosquelettiques et jusqu’aux troubles de la santé mentale. Ces postures sont perçues comme confortables, ce qui explique pourquoi elles échappent si longtemps à la vigilance.

Pourquoi la séance du soir ne solde pas l’ardoise

Voilà le cœur de l’affaire. La pratique d’une activité physique, même intense, ne permet pas de compenser les effets délétères d’un temps excessif passé en posture sédentaire : la formulation est celle de l’INRS, et elle ne souffre aucune ambiguïté. Bouger et rompre l’immobilité sont deux gestes distincts, qui agissent sur des mécanismes différents.

Cela ne disqualifie évidemment pas le sport. L’Anses estime que seuls 5 % des adultes ont une activité physique suffisante pour être protectrice, et que 95 % de la population adulte est exposée à un risque de détérioration de sa santé. Les femmes le sont davantage : 70 % se situent en deçà de tous les niveaux d’activité repérés comme protecteurs, contre 42 % des hommes.

Le piège se referme quand les deux s’additionnent. Plus d’un tiers des adultes français cumulent sédentarité élevée et activité physique insuffisante, et ce sont eux qui présentent les taux de mortalité et de morbidité les plus élevés. Savoir tenir une reprise sportive au-delà d’octobre règle donc une vraie partie du problème, jamais la totalité de l’équation.

D’une façon générale, les risques associés à l’inactivité et à la sédentarité sont majorés lorsqu’ils sont cumulés

Pr Irène Margaritis, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, dans l’actualité publiée par l’Agence le 15 février 2022

Où se cachent les heures assises d’une journée ordinaire

Personne ne décide un matin de rester assis huit heures. Ces heures s’empilent par petites couches, dans des moments qui paraissent tous justifiés, et l’inventaire d’une journée banale suffit à comprendre pourquoi le compteur grimpe sans qu’on le voie monter.

  • les trajets motorisés, y compris les plus courts, puisqu’un tiers des adultes n’utilisent que la voiture ou les transports pour leurs petits déplacements ;
  • la journée de bureau ou de télétravail, où l’écran fixe le corps à sa chaise par blocs de plusieurs heures ;
  • les repas pris devant un écran, qui prolongent une position déjà tenue toute la matinée ;
  • les temps d’attente et de transport, salle d’attente, train, voiture garée devant l’école ;
  • la soirée dans le canapé, souvent le bloc le plus long et le moins surveillé de la journée.

Le poste des déplacements est le plus révélateur. Parmi les personnes en emploi, 75 % n’utilisent que des mobilités passives pour se rendre au travail, sans le moindre segment à pied ou à vélo. La soirée, elle, se joue dans le salon : le cadre posé autour des écrans pèse autant sur le temps assis que sur le sommeil.

Aucun de ces blocs n’est coupable pris isolément. Leur addition produit sans effort les sept ou huit heures qui font basculer une journée dans la zone à risque.

Ce qu’on croit savoir, ce que les enquêtes mesurent

L’écart entre les idées qui circulent et les repères officiels se lit mieux en vis-à-vis. Le tableau ci-dessous confronte quatre croyances répandues aux constats des agences sanitaires, avec le repère chiffré qui tranche chaque ligne.

Ce qu’on entend souventCe qui est établiRepère chiffré
Le sport compense les heures assisesSédentarité et manque d’activité sont deux facteurs quasi indépendantsPlus d’un tiers des adultes cumulent les deux (Anses)
Se lever toutes les deux heures suffitLa rupture protège d’autant mieux qu’elle est fréquenteToutes les 30 minutes, repère de l’Anses depuis août 2025
Personne ne connaît la règleLa recommandation est très largement connue, et déclarée appliquée98,1 % la connaissent, 88,8 % disent s’y tenir (Baromètre 2024)
Il existe une bonne posture de travailC’est la variation des postures qui protège, pas une position idéaleMoins de 5 heures assises cumulées par jour (INRS)

La troisième ligne est la plus déroutante. La connaissance de la règle n’est pas le problème, puisque 98,1 % des adultes savent qu’il faut interrompre une position assise prolongée au moins toutes les deux heures, et que 88,8 % déclarent le faire. L’écart se loge entre ce qu’on déclare et ce qu’on fait vraiment un mardi de novembre à 15 heures.

Les Français sont même plus exigeants que la consigne qu’ils citent : 36,7 % estiment qu’il faudrait se lever toutes les trente minutes, ce qui correspond au repère retenu par l’Anses depuis août 2025, et 35,5 % tablent sur une rupture toutes les heures.

Le vrai chantier n’est pas dans la salle de sport

Si la solution tenait à la seule volonté individuelle, le problème serait réglé depuis longtemps. Elle tient surtout à la façon dont nos journées sont organisées, et les marges sont étroites : un travailleur sur cinq seulement, soit 21 %, déclare pouvoir pratiquer une activité physique sur son lieu de travail. Quand la possibilité existe, 60 % en profitent.

L’Anses appelle de son côté à revoir l’organisation même des modes de vie, en laissant davantage de place aux mobilités actives et en limitant les temps de sédentarité au travail. Ce déplacement du regard change la nature des gestes utiles : éloigner l’imprimante, téléphoner debout, faire à pied les trajets de moins d’un kilomètre, ou apprendre les premiers tours de pédale en famille pour que le vélo devienne un réflexe.

Reste une question que les chiffres ne tranchent pas : logements, bureaux et villes ont été dessinés pour qu’on s’y assoie confortablement, et l’immobilité y est devenue le réglage par défaut. Tant qu’il ne bouge pas, les 40,2 % d’adultes qui pratiquent une activité de loisir porteront seuls un effort que leur environnement défait le reste de la journée.

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