Afficher le résumé Masquer le résumé
Une nappe dépliée sur l’herbe, un panier garni la veille, du pain qui a voyagé dans un torchon : le repas tiré du sac accompagne les beaux jours depuis des générations. Le pique-nique désigne tout simplement un repas pris en plein air, tiré du sac et partagé entre convives, chacun apportant sa contribution. Le mot est né à l’époque moderne et s’est fixé à la fin du XIXe siècle sur le sens que vous lui connaissez, celui du déjeuner champêtre rendu accessible aux citadins par l’essor des transports.
Sa simplicité n’est pourtant qu’apparente. Entre le menu qui doit supporter le transport, la chaîne du froid à respecter et le coin d’ombre à dénicher, un déjeuner sur l’herbe se prépare davantage qu’un repas servi à la maison. Manet en faisait déjà un sujet de peinture en 1863 ; vous en faites, vous, une affaire d’organisation. Comment composer un pique-nique qui régale petits et grands sans tourner au casse-tête logistique ?
Composer un menu qui supporte le transport
Le premier réflexe consiste à oublier ce qui se mange à l’assiette et au couteau. Salades de pâtes ou de riz, cakes salés, tartes, crudités à croquer, fruits entiers : les plats qui se tiennent froids et se mangent à la main forment la base d’un menu sans fausse note. D’après le cabinet Gira Conseil, il se vend chaque année plus de 2 milliards de sandwichs en France, preuve que le repas nomade fait partie des habitudes du pays.
La veille, une heure en cuisine suffit si vous appliquez la logique du batch cooking, cette méthode qui consiste à préparer ses repas à l’avance en mutualisant les cuissons et les découpes. Pensez aussi aux quantités : l’air libre ouvre l’appétit, et prévoir une portion de plus que le nombre de convives évite les frustrations sans générer des montagnes de restes.
Les idées ne manquent donc pas pour sortir du duo chips et œufs durs mayonnaise, ces grands classiques que les Français continuent de plébisciter. Une fois le menu arrêté, reste à le transporter dans de bonnes conditions, et c’est là que le choix du matériel fait toute la différence entre un repas frais et une gamelle tiédasse.
L’équipement à réunir avant de partir
Pas besoin de dévaliser un magasin de sport pour bien s’équiper. Une liste courte, vérifiée avant chaque départ, couvre l’essentiel et tient sans difficulté dans un coffre de citadine :
- une glacière rigide ou un sac isotherme, garni de deux ou trois pains de glace ;
- une nappe ou un plaid avec une face inférieure imperméable ;
- des boîtes hermétiques pour les salades et les restes ;
- des gourdes d’eau, plus fiables que les bouteilles qui chauffent au soleil ;
- un couteau, un tire-bouchon, des couverts et des gobelets réutilisables ;
- un sac dédié aux déchets, des lingettes ou un gel pour les mains.
Un détail mérite d’être souligné : remplie d’aliments déjà froids et complétée de pains de glace, une glacière maintient ses denrées sous les 4 °C pendant plusieurs heures, à condition de l’ouvrir le moins souvent possible. Cette barre des 4 °C n’a rien d’anecdotique, et c’est tout l’enjeu sanitaire du repas en plein air.
Chaîne du froid : la règle d’or du déjeuner dehors
Chaque été, l’Anses observe une recrudescence des intoxications alimentaires, et d’après Santé publique France, près de 2 000 foyers de toxi-infections alimentaires collectives sont recensés chaque année dans le pays. La raison tient en une phrase : au-delà de 4 °C, les bactéries se multiplient à grande vitesse dans les aliments sensibles, viandes, charcuteries, produits laitiers, œufs et préparations maison en tête.
Trois habitudes suffisent à écarter le risque. Réfrigérez les plats au moins une heure avant de les transférer dans la glacière, car celle-ci conserve le froid mais ne refroidit pas. Gardez-la ensuite à l’ombre, dans l’habitacle plutôt que dans le coffre surchauffé. Appliquez enfin la règle des deux heures : un aliment sensible resté plus de deux heures hors du froid ne se garde pas, même s’il a bonne mine. Les épisodes de forte chaleur renforcent encore l’enjeu, comme le rappellent les conseils pour s’alimenter durant une canicule. Le froid maîtrisé, reste à trouver l’endroit où poser la nappe.
Choisir le bon endroit pour poser la nappe
Le lieu fait la moitié du plaisir. La forêt couvre 31 % du territoire métropolitain selon l’IGN, et les parcs, les berges et les aires aménagées complètent un choix immense, souvent à moins d’une demi-heure de chez vous. Quelques critères s’imposent tout de même : de l’ombre à l’heure du déjeuner, un sol plat et sec, un point d’eau à proximité quand on vient avec des enfants, et de quoi prolonger la soirée sereinement, en s’inspirant au besoin des méthodes pour retrouver des soirées d’été tranquilles.
La pause restaurante en plein air enrichit du plaisir gustatif la conjonction des plaisirs sensuels et intellectuels que procure la perception du paysage visuel, sonore, olfactif.
Julia Csergo, historienne, dans l’ouvrage collectif Le pique-nique ou l’éloge d’un bonheur ordinaire (éditions Bréal, 2008)
Le règlement compte autant que le paysage. Allumer un feu ou un barbecue à moins de 200 mètres d’un bois est interdit par le Code forestier et expose à une amende de 135 €, et nombre de parcs urbains encadrent les horaires comme les pelouses autorisées. Un coin légal, ombragé et facile d’accès vaut toujours mieux qu’un site spectaculaire mais risqué. Une fois le repas terminé, la réussite se joue d’ailleurs sur ce que vous laissez derrière vous.
Limiter les restes et repartir sans laisser de trace
Un pique-nique réussi se mesure aussi au moment du rangement. D’après l’Ademe, chaque Français jette environ 30 kg d’aliments par an à la maison, dont 7 kg encore emballés, et le repas en plein air a vite fait d’alourdir la note quand les quantités ont été mal calibrées. Servir en petites portions et resservir à la demande limite les assiettes entamées puis abandonnées.
Les restes qui ont passé le déjeuner au frais dans la glacière repartent à la maison et se consomment le soir même. Ceux qui ont traîné au soleil prennent la direction de la poubelle, sans regret : la santé passe avant l’économie de quelques euros. Pour le reste de l’année, ces réflexes se travaillent dès la liste de courses, comme le montrent les gestes qui font jeter moins au quotidien.
Le site quitté doit rester tel que vous l’avez trouvé. Emballages, serviettes en papier, épluchures : tout repart dans le sac prévu à cet effet, car une peau de banane met jusqu’à un an à se dégrader en pleine nature. Ce souci du lieu rejoint d’ailleurs une histoire bien plus longue que la nôtre.
Un bonheur ordinaire qui traverse les époques
Des chercheurs ont consacré en 2008 un ouvrage collectif entier à ce repas faussement anodin, et leur constat tient du clin d’œil : le pique-nique est un bonheur ordinaire, ouvert à tous et presque gratuit, qui se décline du parc urbain à la fête de village. Pendant que les enquêtes sur la pause déjeuner décrivent des repas de semaine expédiés en une vingtaine de minutes, le déjeuner sur l’herbe impose son rythme lent, sans écran ni horaire.
Ce qui se joue sur la nappe dépasse le contenu du panier. Un repas dehors coûte peu, se prépare en une heure et offre ce que les loisirs marchands vendent rarement, du temps partagé sans programme ni billet d’entrée. Les week-ends de la belle saison portent chacun la même promesse discrète, celle d’un déjeuner qui a le goût du dehors.


