Sécher son linge à l’intérieur en hiver : ce que coûte l’étendoir et comment éviter l’humidité

Un étendoir déplié dans le salon semble ne rien coûter. En hiver, chaque lessive libère pourtant plusieurs litres d'eau dans la maison, et c'est le chauffage qui finance discrètement leur évaporation.

Étendoir en bois chargé de linge près d'un radiateur, vitre embuée et hygromètre affichant 68 % d'humidité
Au-delà de 60 % d'humidité relative, la vapeur dégagée par le linge qui sèche finit sur les vitres et les murs froids.
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Le jean qui refuse de sécher, la buée qui perle sur la vitre du salon : dès que le chauffage repart, l’étendoir déplié au milieu de la pièce devient un meuble à part entière. Sécher son linge à l’intérieur, c’est laisser l’eau restée dans les fibres après l’essorage s’évaporer dans l’air de la maison.

Le geste paraît gratuit, et il l’est presque en été. L’hiver, l’eau évaporée reste dans les pièces et la chaleur qui la fait partir vient du radiateur. Une étude écossaise a même relié près d’un tiers des moisissures observées dans une centaine de logements à cette seule habitude. Combien d’eau et combien de chauffage coûte vraiment une lessive séchée dans le salon, et comment l’étendre sans abîmer le logement ?

Combien d’eau une lessive essorée libère-t-elle dans la maison ?

Une lessive de 6 kg essorée à 1 350 tours par minute libère un peu plus de 3 litres d’eau dans l’air de la maison. Ce chiffre découle du taux d’humidité résiduelle que les fabricants mesurent pour l’étiquette énergie européenne, soit 53,9 % du poids du linge sec pour un lave-linge courant de 9 kg.

Le calcul part de la fiche officielle du registre européen EPREL d’un lave-linge AEG de 9 kg, classé B en efficacité d’essorage, avec une vitesse maximale de 1 351 tr/min. Rempli à ras bord, ce tambour rend un linge qui contient encore près de 4,9 litres d’eau à évaporer.

Ces litres passent dans l’air, qui n’en accepte qu’une quantité limitée avant de les redéposer sur les surfaces froides, le mécanisme qui rend l’aération quotidienne du logement en hiver si utile. Sur la facture, la quantité d’eau compte moins que la chaleur qu’il faut dépenser pour la faire partir.

Faire sécher son linge sur un étendoir est-il gratuit en hiver ?

Non, car dans une pièce chauffée chaque litre évaporé prélève environ 0,68 kWh de chaleur, que les radiateurs doivent compenser. Une machine pleine de 9 kg réclame ainsi 3,3 kWh, soit deux fois l’électricité d’un sèche-linge classé A+++ pour la même charge.

Mode de séchageChargeEau rejetée dans la pièceÉnergie par cycleCoût par cycle
Étendoir, pièce chauffée à l’électricité9 kg4,9 L3,3 kWh0,66 €
Étendoir, pièce chauffée à l’électricité4,5 kg2,4 L1,65 kWh0,33 €
Sèche-linge A+++ (AEG TR79G34B)9 kgAucune, eau recueillie dans le bac1,64 kWh0,33 €
Sèche-linge A+++ (AEG TR79G34B)4,5 kgAucune, eau recueillie dans le bac0,84 kWh0,17 €

Les coûts sont calculés au tarif réglementé de 0,2001 € le kWh en vigueur depuis le 1er août 2026, avec des radiateurs électriques classiques. Avec du gaz ou une pompe à chaleur, la note baisse, mais la quantité de chaleur requise ne change pas : 0,68 kWh, c’est ce qu’il faut à un litre d’eau pour s’évaporer à température ambiante.

En été, le soleil fournit cette chaleur gratuitement, ce qui rend la routine du linge étendu dehors aux beaux jours si avantageuse, à l’opposé du séchage d’hiver, payé discrètement sur la facture de chauffage.

Combien coûte une saison de lessives séchées dans le salon ?

Pour un foyer qui lance trois lessives de 6 kg par semaine d’octobre à avril, l’étendoir intérieur coûte environ 40 € de chauffage électrique sur la saison. Près de 290 litres d’eau passent alors dans l’air du logement, et environ 200 kWh de chaleur servent uniquement à les évaporer.

Le détail tient en quelques lignes. Chaque lessive apporte 3,2 litres d’eau et réclame 2,2 kWh ; sur trente semaines, soit 90 machines, l’addition atteint 198 kWh. Ce total rejoint presque exactement la consommation annuelle d’un sèche-linge, que l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime à environ 200 kWh par an.

La somme reste modeste, mais elle bouscule l’idée d’un séchage sans dépense, surtout dans les petits logements, où l’eau se concentre dans un volume d’air réduit : un studio de 25 m² reçoit autant de vapeur par lessive qu’une maison de 120 m², pour cinq fois moins d’air.

Pourquoi le linge qui sèche dans la maison favorise-t-il les moisissures ?

Parce qu’il pousse l’humidité de l’air au-delà de la plage recommandée de 40 à 60 %, surtout quand les fenêtres restent fermées. Dans l’étude de la Mackintosh School of Architecture de Glasgow, menée sur 100 logements, l’humidité augmentait de 30 % les jours de lessive par rapport aux autres jours.

Les chercheurs écossais ont constaté que 87 % des foyers étudiés faisaient sécher leur linge à l’intérieur par temps froid, les deux tiers à proximité d’un radiateur. Ils ont attribué 30 % des moisissures relevées à cette pratique, dans des logements dont les trois quarts présentaient des niveaux de moisissures dégradant la qualité de l’air.

Les gens se confinent dans leur maison par souci de contenir la chaleur, et ils ne l’aèrent pas suffisamment.

Colin Porteous, coauteur de l’étude de la Mackintosh School of Architecture de Glasgow sur une centaine de logements, propos rapportés par Allo Docteurs le 6 novembre 2012

Chez les personnes asthmatiques ou allergiques, une simple moisissure suffit à déclencher une réaction, rappelait le pneumologue Michel Aubier, de l’hôpital Bichat, ce qui fait de l’humidité une affaire de santé autant que de confort.

Les gestes qui limitent l’humidité quand on étend dedans

L’Ademe détaille dans ses conseils d’entretien du linge plusieurs réflexes, que l’étude écossaise permet de compléter sur un point souvent négligé :

  • essorer le plus possible, à 1 000 ou 1 400 tr/min sauf pour le linge délicat, l’extraction mécanique de l’eau étant cent fois plus économe que l’extraction thermique ;
  • étendre dans une grande pièce bien aérée, ou dans une pièce équipée d’une bouche d’extraction de VMC ;
  • passer la VMC en grande vitesse pendant le séchage si elle n’est pas hygroréglable ;
  • ouvrir les fenêtres de la pièce quand le chauffage n’y fonctionne pas ;
  • éviter de draper le linge sur les radiateurs, une habitude relevée dans deux logements sur trois à Glasgow, qui transforme le radiateur en séchoir au lieu de chauffer la pièce ;
  • viser entre 40 et 60 % d’humidité relative, la plage que l’Ademe juge adaptée à un logement.

Un hygromètre à quelques euros transforme une impression de moiteur en chiffre. Au-delà de 60 % pendant plusieurs heures, la pièce n’évacue plus ce que le linge lui donne, et la question de l’équipement se pose.

Le sèche-linge devient-il rentable quand on étend à l’intérieur ?

Rarement sur la seule facture : un sèche-linge A+++ économise environ 0,33 € par machine pleine face à un étendoir dans une pièce chauffée à l’électricité. Sur 90 lessives, le gain reste autour d’une trentaine d’euros par hiver, même avec un tambour toujours rempli, ce qui demande de longues années pour amortir un appareil neuf.

Le calcul évolue avec ce que l’étendoir coûte ailleurs : linge qui met deux jours à sécher, taches noires dans les angles. Dans un petit appartement mal ventilé, ces coûts cachés pèsent plus lourd que les 200 kWh de la saison, et un appareil économe se justifie pour les draps et les serviettes.

Un logement chauffé par une pompe à chaleur, doté d’une pièce ventilée et d’un lave-linge qui essore à 1 400 tr/min, garde en revanche tout intérêt à l’étendoir. Le choix dépend davantage du logement que du linge, dans la même logique que la chasse aux postes qui pèsent sur la facture d’électricité, qui interroge ce que chaque appareil rend vraiment au foyer.

Une corvée qui en dit long sur la façon dont on chauffe

Derrière l’étendoir du salon se cache une question rarement posée : où va la chaleur qu’on paie ? Deux cents kilowattheures par hiver consacrés à évaporer de l’eau, c’est la consommation annuelle d’un sèche-linge, simplement déplacée vers les radiateurs.

L’essorage poussé, la pièce dédiée et l’hygromètre posé sur une étagère tracent une voie simple, celle d’un linge qui sèche sans que les murs en profitent. Entre 40 et 60 % d’humidité, la buée sur les vitres redevient une exception plutôt qu’un rituel du matin.

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