Garder des dents blanches : ce qui les ternit, ce qui les abîme, ce qui marche vraiment

Café, thé, tabac, dentifrices blancheur, bicarbonate ou blanchiment chez le dentiste : tout ne se vaut pas pour éclaircir un sourire, et certaines méthodes abîment l'émail pour de bon.

Femme souriante se brossant les dents devant le miroir d'une salle de bains lumineuse, un tube de dentifrice sur le lavabo
Deux brossages de deux minutes par jour retirent la plaque qui fixe les colorations du café, du thé et du tabac.
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Un sourire sur une photo de vacances, un café de trop, un verre de rouge au dîner : la couleur des dents se joue au quotidien, par petites touches. Des dents blanches ne sont pourtant pas forcément des dents saines, et la teinte naturelle de l’émail varie beaucoup d’une personne à l’autre, du blanc bleuté à l’ivoire.

Entre dentifrices « blancheur », recettes de grand-mère au bicarbonate et kits vendus en ligne, l’offre pour éclaircir son sourire n’a jamais été aussi large. Elle mélange des gestes utiles, des pratiques inutiles et d’autres franchement risquées pour l’émail. Qu’est-ce qui ternit vraiment les dents, et que peut-on faire sans les abîmer ?

Pourquoi les dents jaunissent-elles ?

Les dents se colorent de deux façons : par la surface, quand thé, café, vin ou tabac déposent leurs pigments sur l’émail, et par l’intérieur, sous l’effet de certains médicaments comme les tétracyclines, d’un excès de fluor ou d’un traumatisme. Les premières se traitent bien, les secondes beaucoup moins.

Les colorations de surface sont de loin les plus fréquentes. L’Union française pour la santé bucco-dentaire rappelle ainsi que le tabac est responsable de colorations dentaires, au même titre que les boissons foncées consommées tout au long de la journée. La plaque dentaire, qui accroche les pigments, aggrave le phénomène quand le brossage est irrégulier.

Les colorations internes relèvent d’un autre registre. Elles ne partent ni au brossage ni avec un dentifrice, et seul un chirurgien-dentiste peut en évaluer l’origine et proposer une solution adaptée. Pour tout le reste, l’essentiel se joue devant le lavabo.

Comment se brosser les dents pour les garder claires ?

Le brossage reste le premier geste blanchissant, parce qu’il retire la plaque qui fixe les colorations : l’Assurance maladie recommande de se brosser les dents au moins deux fois par jour, pendant deux minutes, avec une brosse à poils souples et un dentifrice fluoré dosé à 1 500 ppm pour les adultes.

  • changer de brosse tous les trois mois, ou après une maladie virale ou bactérienne ;
  • brosser toutes les faces des dents, sans frotter fort, la pression abîmant l’émail et les gencives ;
  • nettoyer les espaces entre les dents avec des brossettes, à renouveler au minimum tous les quinze jours ;
  • rincer la bouche à l’eau après un café ou un thé quand un brossage n’est pas possible ;
  • consulter un dentiste au moins une fois par an, dès l’âge d’un an selon l’UFSBD.

Le choix de la brosse compte moins que la régularité. Une brosse manuelle souple bien utilisée vaut une brosse à dents électrique mal maniée, et la visite annuelle permet de réaliser un détartrage si besoin, le seul moyen de retirer le tartre qui fonce la base des dents.

Les dentifrices blanchissants sont-ils efficaces ?

Les dentifrices « blancheur » éclaircissent surtout en polissant : selon l’UFSBD, ils contiennent de la silice ou du bicarbonate de sodium en concentrations plus élevées que les dentifrices classiques. Ils retirent les colorations de surface, mais ne changent pas la teinte naturelle de la dent.

Leur usage demande de la mesure. L’UFSBD prévient que plus les particules polissantes sont grosses, plus l’action est abrasive et peut endommager l’émail. Utilisés quotidiennement pendant des années sur des dents sensibles, ils peuvent donc faire plus de mal que de bien, d’autant que l’émail ne se reconstitue pas.

Le bon réflexe consiste à les réserver à un usage ponctuel, en alternance avec un dentifrice fluoré classique, et à arrêter dès l’apparition d’une sensibilité au froid ou au chaud. Un avis du dentiste permet de choisir la formule adaptée à l’état de ses dents, plutôt que la promesse la plus spectaculaire du rayon. Les solutions dites naturelles, elles, posent un problème plus sérieux encore.

Bicarbonate, charbon, citron : que valent les méthodes maison ?

Les recettes maison sont souvent les plus agressives : le bicarbonate pur et la poudre de charbon, très abrasive, usent l’émail et le rendent poreux, ce qui finit par faire paraître la dent plus jaune. Le citron, acide, fragilise lui aussi la surface des dents.

Le paradoxe est là : en décapant l’émail, ces méthodes laissent transparaître la dentine, naturellement plus jaune, qui se trouve en dessous. Un porte-parole de l’Union française pour la santé bucco-dentaire résumait ainsi le cas du bicarbonate, souvent présenté comme un blanchissant naturel inoffensif.

Il a une tendance à illuminer la coloration naturelle des dents car il a un effet polissant. Mais, en même temps, il agit comme un décapant si on l’utilise régulièrement et peut avoir un impact négatif sur l’élimination de l’émail et cela de façon irréversible, car l’émail ne se renouvelle pas.

Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste et porte-parole national de l’UFSBD, sur le site E-Santé, 9 janvier 2018

Que dit la loi sur le blanchiment des dents ?

Le blanchiment chimique est strictement encadré : depuis une directive européenne de 2011, les produits vendus librement ne peuvent pas dépasser 0,1 % de peroxyde d’hydrogène. Entre 0,1 et 6 %, ils sont réservés aux dentistes et interdits aux moins de 18 ans. Au-delà de 6 %, ils sont interdits.

Réalisé sous contrôle d’un dentiste, le blanchiment fonctionne, mais pas pour toujours. Une revue Cochrane portant sur 71 essais montre qu’il éclaircit les dents pour une période de deux semaines à six mois, avec une sensibilité dentaire et une irritation des gencives le plus souvent légères et transitoires. Les kits achetés hors de ce cadre, eux, n’offrent aucune garantie sur leur composition réelle.

Un sourire qui ne se résume pas à sa couleur

La course au blanc parfait fait souvent oublier l’essentiel : une dent légèrement ivoire mais saine, entourée de gencives qui ne saignent pas, vieillit bien mieux qu’une dent éclaircie à coups d’abrasifs. La teinte de l’émail fonce d’ailleurs naturellement avec les années.

Les habitudes pèsent plus lourd que les produits. Réduire le tabac, espacer les cafés, boire de l’eau après un verre de vin et tenir le rythme de deux brossages quotidiens changent davantage la couleur d’un sourire, sur la durée, que n’importe quel dentifrice miracle. Comme pour une bonne mine sans maquillage, l’éclat tient surtout à ce qu’on fait chaque jour, loin des promesses affichées sur les emballages.

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