Prendre froid donnerait le rhume : sans virus, le nez glacé ne suffit pas

Se couvrir pour ne pas attraper froid : la consigne traverse les générations. Entre virus, nez refroidi et pièces fermées, ce qui déclenche les rhumes de l'hiver se joue pourtant ailleurs qu'on ne le croit.

Une mère se mouche à la table de la cuisine pendant que son fils se lave les mains à l'évier, fenêtre ouverte
Les virus du rhume passent d'abord par les mains et l'air confiné, bien plus que par le froid du dehors.
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Un bonnet oublié, des cheveux mouillés à la sortie de la piscine, une écharpe restée au portemanteau : il suffit souvent d’un nez qui coule deux jours plus tard pour que le verdict tombe, on a forcément attrapé froid. La mise en garde se transmet de génération en génération, au point de passer pour une évidence que plus personne ne songe à vérifier.

Le rhume, que les médecins appellent rhinopharyngite, est une inflammation du nez et de la gorge due à de multiples virus selon l’Assurance maladie, du rhinovirus aux coronavirus saisonniers. Un adulte peut le contracter jusqu’à 4 fois par an, surtout en automne et en hiver. Cette coïncidence avec les mois froids nourrit l’idée reçue, mais une saison n’est pas une cause. Alors, le froid rend-il vraiment malade, ou n’est-il qu’un témoin qui passe au mauvais moment ?

Sans virus, pas de rhume, même tête nue sous la pluie

La réponse tient d’abord dans la définition. Un rhume est une infection, et une infection suppose un agent infectieux. Sur sa fiche consacrée à la rhinopharyngite de l’adulte, l’Assurance maladie cite le rhinovirus, les virus grippaux, les coronavirus, le virus respiratoire syncytial et les adénovirus. Aucun de ces virus ne naît du froid : ils passent d’une personne à l’autre.

La transmission emprunte des chemins très quotidiens. Les postillons, un baiser, une conversation rapprochée ou des mains contaminées suffisent, et les objets prennent le relais : jouets, couverts, serviettes de toilette. L’incubation dure de 1 à 7 jours chez l’enfant, ce qui brouille la mémoire. Le soir passé sous l’averse paraît coupable alors que le virus a souvent été attrapé plus tôt, au bureau ou à la sortie de l’école. Le froid ne serait-il pour autant qu’un simple figurant ?

Ce que le froid fait vraiment à l’intérieur du nez

Pas tout à fait. En décembre 2022, une équipe de la Harvard Medical School et de l’hôpital Mass Eye and Ear a publié dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology une explication biologique. Le nez se défend en libérant des vésicules extracellulaires, de minuscules sacs qui servent de leurres auxquels les virus s’accrochent avant d’atteindre les cellules.

Les chercheurs ont exposé des volontaires à un air de 4,4 °C pendant 15 minutes. D’après les chiffres rapportés par CNN, la température à l’intérieur du nez a chuté jusqu’à 5 °C, et près de 42 % de ces vésicules ont disparu du combat. Celles qui restaient portaient jusqu’à 70 % de récepteurs en moins pour capturer les virus.

Il n’y avait jamais eu de raison convaincante à cette hausse très nette de l’infectiosité virale pendant les mois froids. C’est la première explication quantitative et biologiquement plausible qui ait été établie.

Benjamin Bleier, rhinologue à la Harvard Medical School et au Mass Eye and Ear, interrogé par Northeastern Global News lors de la publication de l’étude, le 6 décembre 2022

La nuance compte. Ces mesures ont été faites en grande partie sur des tissus cultivés en laboratoire, et la rhinologue Zara Patel, de l’université Stanford, rappelait auprès de CNN qu’il s’agit d’études in vitro. Le froid peut donc affaiblir une ligne de défense locale, sans jamais apporter le virus lui-même. Reste à comprendre pourquoi les rhumes s’accumulent tant entre octobre et mars.

Pourquoi les rhumes se concentrent d’octobre à mars

Plusieurs mécanismes s’additionnent pendant la saison froide, et la température extérieure n’est que l’un d’eux :

  • la vie se replie à l’intérieur, et l’Assurance maladie souligne que la vie en collectivité, au travail comme à la maison, favorise la multiplication et la transmission des virus ;
  • les fenêtres restent fermées pour garder la chaleur, si bien que l’air chargé de particules virales se renouvelle moins ;
  • chaque infection ne laisse qu’une immunité courte, qui ne protège pas contre les autres virus, d’où plusieurs rhumes possibles dans un même hiver ;
  • la crèche et l’école rassemblent des enfants de 5 mois à 8 ans, chez qui la rhinopharyngite est la maladie infectieuse la plus fréquente ;
  • le nez refroidi par l’air extérieur perd une partie de ses leurres antiviraux, comme l’a montré l’étude de 2022.

Le froid entre bien dans l’équation, mais loin derrière la promiscuité et l’air confiné. Et dans une maison où vivent plusieurs générations, ces facteurs se cumulent vite.

Ce que pèse un hiver de rhumes dans un foyer de quatre

Les repères publiés par l’Assurance maladie permettent de chiffrer la saison d’une famille de deux adultes et deux enfants, en prenant la fourchette haute de chaque profil.

ProfilÉpisodes par anDurée d’un épisodeSignal pour consulter
AdulteJusqu’à 4De 5 à 20 joursFièvre au-delà de 38,5 °C ou aucune amélioration en 15 à 20 jours
Enfant de 5 mois à 8 ansJusqu’à 6 avant de parler de rhinopharyngites à répétitionMoins de 10 joursAu-delà de 6 épisodes par an
Foyer de deux adultes et deux enfantsJusqu’à 20Au moins 40 jours de nez qui coule côté adultesSelon le profil de chacun

Le calcul est simple : 2 adultes à 4 épisodes, plus 2 enfants à 6 épisodes, donnent jusqu’à 20 rhumes dans la même maison sur un automne et un hiver. Côté adultes, 8 épisodes d’au moins 5 jours représentent déjà 40 jours de mouchoirs, sans compter les nuits hachées des plus petits.

Aucun antibiotique ne raccourcit ces épisodes viraux, qui guérissent seuls. Le seul levier réel se trouve en amont, dans ce qui limite la circulation des virus entre les membres du foyer.

Aérer trois fois par jour coûte moins qu’un degré de trop

L’Assurance maladie conseille d’ouvrir les fenêtres plusieurs fois par jour, de 4 à 10 minutes, un geste qui diminue de 70 % le risque de transmission du Covid-19 selon ses données. La crainte de refroidir la maison freine pourtant beaucoup de foyers dès que le chauffage repart.

Les chiffres disent l’inverse. Dans un logement de 70 m², le coût d’un renouvellement complet de l’air a été estimé par Selectra à 0,07 € pour un écart de 6 °C entre dehors et dedans. Trois aérations quotidiennes reviennent à 0,21 € par jour, soit environ 38 € sur six mois de chauffe de 182 jours, quand un seul degré de trop sur le thermostat coûte 47 € sur la saison selon la même estimation.

La température compte aussi pour le nez. L’Assurance maladie recommande de maintenir le logement autour de 18 à 20 °C pendant un rhume, une fourchette qui rejoint le bon cran de chaque tête thermostatique. Au-delà, une maison surchauffée ne protège personne et coûte plus cher. Le second geste, lui, tient dans la paume de la main.

Trente secondes au lavabo pour couper la chaîne

Selon l’Assurance maladie, 80 % des microbes se transmettent par les mains, et un lavage efficace dure 30 secondes au savon, ou avec une solution hydroalcoolique. Chez les plus jeunes, compter jusqu’à trente en frottant le dos des mains et entre les doigts transforme la consigne en jeu.

Les objets partagés méritent la même attention, du doudou aux couverts et au linge de toilette. Une serviette par personne pendant la saison des rhumes, un mouchoir jeté aussitôt, un spray nasal jamais prêté : ces habitudes coupent les chemins que le virus emprunte dans une maison, bien plus sûrement qu’une écharpe.

Le bonnet garde son utilité, pour d’autres raisons

La mise en garde des grands-parents n’était pas absurde, elle visait simplement à côté. Un nez refroidi offre peut-être une porte un peu plus facile à franchir, à condition qu’un virus soit déjà là pour la pousser. Les chercheurs de Boston évoquaient d’ailleurs le masque comme une façon de garder l’air inspiré plus tiède.

L’hiver qui s’installe pose donc une autre question que celle du manteau. Chaque fenêtre ouverte quelques minutes, chaque lavage de mains complet et chaque serviette personnelle réduisent la part des 20 rhumes possibles qu’un foyer de quatre se passe de main en main, bien plus que le thermomètre affiché derrière la vitre.

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