Tête thermostatique : à quel chiffre régler chaque radiateur de la maison ?

Le flocon, le 3, le 5 : chaque chiffre gravé sur la molette du radiateur correspond à une température. Mal compris, ces repères pèsent tout l'hiver sur la facture de chauffage, sans rien ajouter au confort.

Main tournant la molette blanche d'une tête thermostatique fixée sur un radiateur, canapé et salon en arrière-plan
Sur la plupart des têtes thermostatiques, le cran 3 correspond à environ 19 à 20 °C, le plafond recommandé par l'ADEME dans les pièces de vie.
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Fin septembre, les premières soirées fraîches font revenir un geste oublié depuis le printemps : tourner la molette blanche fixée au pied du radiateur. Cette tête thermostatique, que beaucoup manipulent au hasard, est pourtant un petit régulateur autonome capable de tenir une température sans électricité ni programmation. Elle se visse sur le robinet d’un radiateur à eau chaude et ouvre ou ferme le passage de l’eau selon la chaleur de la pièce.

L’enjeu dépasse le simple confort. D’après l’ADEME, le chauffage représente 66 % de la consommation d’énergie d’un ménage, loin devant tous les autres postes qui pèsent sur la facture. Chaque chiffre gravé sur la molette compte donc pour l’hiver qui vient. Encore faut-il savoir ce qu’ils signifient : à quel cran régler chaque radiateur de la maison, et pourquoi le réflexe du « tout à fond » coûte-t-il si cher ?

Comment fonctionne une tête thermostatique ?

Une tête thermostatique fonctionne sans pile ni courant : un bulbe rempli de cire, de liquide ou de gaz se dilate quand la pièce se réchauffe et pousse un pointeau qui ferme le robinet. Quand l’air refroidit, le bulbe se rétracte et l’eau chaude circule de nouveau. Les modèles vendus en Europe répondent à la norme EN 215.

Ce principe explique une particularité souvent mal comprise. La tête ne règle pas la puissance du radiateur, elle mesure l’air qui l’entoure et coupe l’arrivée d’eau une fois la consigne atteinte. Un radiateur tiède au toucher n’est donc pas forcément en panne : il peut simplement estimer que la pièce a atteint sa température.

Sa précision dépend alors de son emplacement. Un bulbe coincé derrière un rideau épais, un canapé ou un cache-radiateur mesure une poche d’air plus chaude que le reste de la pièce, et ferme trop tôt en laissant le salon froid. Les graduations cachent une autre subtilité, qui tient à ce qu’elles représentent vraiment.

À quelle température correspond chaque chiffre de la tête thermostatique ?

Sur la plupart des modèles, le chiffre 3 correspond à environ 19 à 20 °C, et chaque cran ajoute ou retire autour de 2 degrés. Le flocon, parfois une étoile, maintient la pièce vers 6 °C pour protéger l’installation du gel. Ces repères, publiés par le guide belge Energuide, restent des approximations propres à chaque pièce.

Position de la moletteTempérature approximativeUsage conseillé
Flocon6 °CHors-gel, absence prolongée
115 °CPièce inoccupée
217 °CEntrée, couloir
Entre 2 et 318 °CChambre
319 à 20 °CCuisine
Entre 3 et 420 à 21 °CSalon, chambre d’enfant
422 °CSalle de bains
5MaximumOuverture complète

Ces chiffres désignent des niveaux de confort et non des degrés garantis. Une pièce exposée au nord, une grande baie vitrée ou un mur donnant sur l’extérieur décalent le résultat d’un cran, parfois davantage. Mieux vaut partir de ces repères, puis ajuster selon l’usage réel de chaque pièce.

Quel réglage choisir pour chaque pièce de la maison ?

La règle de base tient en un chiffre : l’ADEME recommande 19 °C au maximum dans les pièces de vie, 16 à 17 °C la nuit, et le minimum ou le hors-gel en cas d’absence. Traduite sur la molette, cette consigne donne des crans différents selon la façon dont on vit chaque pièce :

  • le salon et la salle à manger, occupés en soirée, autour du cran 3, soit 19 °C ;
  • les chambres, où l’on dort mieux au frais, entre les crans 2 et 3, soit 16 à 18 °C ;
  • la salle de bains, poussée vers le cran 4 le temps de la toilette, puis redescendue ;
  • l’entrée, le couloir et le cellier, au cran 2, autour de 17 °C ;
  • la chambre d’amis ou le bureau inoccupé, au cran 1, voire sur le flocon pendant plusieurs jours d’absence.

L’écart paraît modeste, il ne l’est pas. Selon l’ADEME, chaque degré en moins fait économiser 7 % d’énergie. Un salon réglé au cran 4 au lieu du 3 revient à payer deux degrés de trop, tout l’hiver, pour un confort que l’on obtiendrait souvent avec un pull et un plaid. C’est précisément là qu’intervient le réflexe le plus répandu, et le plus coûteux.

Pourquoi tourner la molette à fond ne réchauffe-t-il pas la pièce plus vite ?

Tourner la molette sur 5 ne fait pas chauffer le radiateur plus fort : l’eau arrive à la même température quel que soit le cran, fixée par la chaudière ou la pompe à chaleur. Le cran maximal supprime seulement le point d’arrêt, si bien que le radiateur continue de chauffer bien au-delà de 22 °C.

Le résultat est connu de tous ceux qui ont oublié une molette sur 5 : une chambre étouffante, des fenêtres ouvertes pour faire tomber la température, et des kilowattheures envoyés dehors. Le même raisonnement vaut pour les journées d’absence, où l’on hésite entre couper complètement et baisser.

Baisser reste préférable. Interrogée par le HuffPost en janvier 2024, Florence Clément, responsable de l’information du grand public à l’ADEME, jugeait que couper tout à fait pousse à tout remettre au maximum en rentrant, avec une surchauffe à la clé. Le média en tirait une consigne simple, 16 °C en journée et 19 °C au retour, qui pose une autre question : une molette manuelle suffit-elle à tenir ce rythme ?

Une tête thermostatique connectée vaut-elle la dépense ?

Une tête connectée se justifie surtout dans un logement vide une bonne partie de la journée : la programmation permet jusqu’à 15 % d’économie de chauffage, selon l’ADEME, qui chiffre le gain jusqu’à 270 € par an pour une facture électrique de 1 800 €. Dans un foyer souvent présent, une molette bien réglée fait l’essentiel.

L’offre se démocratise. Fin septembre, Netatmo a présenté une tête à 60 €, alimentée par deux piles AA pour environ 18 mois, qui adopte le protocole sans fil Zigbee à la place de son ancien système maison. Ce choix, relevé par Clubic, la rend incompatible avec la gamme précédente : acheter un modèle connecté, c’est aussi entrer dans un écosystème qu’il vaut mieux choisir d’emblée.

Ça permet d’être souple et de ne pas chauffer pour rien. On a constaté dans une étude que ça pouvait permettre de gagner 15 % d’énergie sur le chauffage.

Florence Clément, responsable de l’information du grand public à l’ADEME, à propos des régulateurs et de la programmation du chauffage, entretien au HuffPost publié le 20 janvier 2024

Une solution intermédiaire existe entre la molette et la tête connectée : un thermostat d’ambiance programmable pilote l’ensemble du logement, et l’ADEME estime son gain jusqu’à 210 € par an sur une facture de gaz de 1 400 €. Les têtes manuelles gardent alors le réglage fin de chaque pièce, à condition que les radiateurs puissent réellement faire leur travail.

Un réglage qui se construit au fil des premières semaines de froid

Une tête thermostatique ne se règle pas une fois pour toutes le jour où l’on rallume le chauffage. Energuide conseille de laisser un réglage en place au moins une journée avant de le corriger, puis de tourner d’un seul cran à la fois. La pièce, ses murs et son mobilier mettent du temps à trouver leur équilibre.

Ce tâtonnement révèle souvent davantage qu’un simple chiffre. Un radiateur froid en haut et chaud en bas, une pièce qui plafonne malgré le cran 4 ou un bulbe qui ne réagit plus après tout un été signalent un circuit à purger ou une tête grippée par l’été. Ces petits réglages, additionnés, décident du confort de l’hiver et, en chauffage collectif, pèsent jusque dans la régularisation des charges locatives du printemps suivant.

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