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Le chiffre revient sur les plaquettes commerciales, dans les devis et jusque dans les annonces publiques : remplacer sa chaudière par une pompe à chaleur permettrait de diviser par deux la facture de chauffage. Fin septembre 2026, le lancement d’un dispositif de location de pompes à chaleur pour les ménages modestes l’a encore remis en avant, avec la promesse d’économies durables une fois l’équipement installé.
Une pompe à chaleur ne fabrique pas de chaleur : elle prélève des calories dans l’air extérieur, l’eau ou le sol et les transfère dans le logement, en consommant de l’électricité pour faire tourner son compresseur. Son rendement se mesure par un coefficient, le COP, qui indique combien de kilowattheures de chaleur sortent pour un kilowattheure électrique consommé. Sur le papier, le calcul est flatteur. Mais la division par deux tient-elle vraiment dans toutes les maisons ?
Un calcul qui tient sur la moyenne
Le point de départ n’a rien d’un mirage. D’après les mesures menées par l’Ademe sur une centaine d’installations en conditions réelles, une pompe à chaleur air/eau affiche un coefficient de performance moyen de 2,9. Chaque kilowattheure d’électricité payé restitue près de trois kilowattheures de chaleur dans les radiateurs, quand une chaudière gaz plafonne autour de 82 % de rendement.
Accélérer la transition énergétique, c’est aussi donner aux ménages les moyens de mieux maîtriser leur facture
Sylvain Waserman, président-directeur général de l’Ademe, lors de la présentation de l’étude de l’agence sur les performances réelles des pompes à chaleur, octobre 2025
Selectra a refait le calcul fin septembre 2026 avec les tarifs en vigueur au 1er octobre : pour un besoin équivalent à 10 000 kWh de gaz par an, le chauffage coûte environ 1 817 € avec une chaudière contre 610 € avec une pompe à chaleur au COP de 2,9. L’écart atteint 66 % sur la seule énergie, et encore 59 % une fois l’entretien intégré. Sur une installation moyenne, la promesse est plutôt dépassée. Encore faut-il que l’installation soit moyenne.
Un tiers des installations sous la barre
Les mêmes relevés de l’Ademe dessinent une réalité beaucoup plus dispersée. Sur les pompes à chaleur air/eau suivies, les coefficients mesurés s’étalent de 1,8 à 4,5, soit un rendement qui varie du simple à plus du double d’une maison à l’autre, pour des appareils comparables.
Environ un tiers des installations affichent un COP inférieur à 2,5 : dans l’échantillon repris par Selectra, 31 pompes sur 90 restent sous ce seuil. À ce niveau, l’économie réelle s’éloigne de la moitié promise une fois l’entretien et l’abonnement électrique comptés. À 1,8, elle se réduit à une part bien plus modeste de la facture initiale.
Ces écarts ne tiennent pas à la marque de l’appareil. Ils s’expliquent surtout par ce qui se passe autour de la machine, dans la maison comme dans son réglage, et l’agence en a dressé un inventaire assez précis.
Les réglages qui font chuter le rendement
Les installations qui déçoivent partagent souvent les mêmes travers, relevés par l’Ademe lors de ses mesures. Quelques causes reviennent presque systématiquement dans les maisons où le coefficient s’effondre :
- une loi d’eau mal réglée, qui fait chauffer l’eau des radiateurs plus fort que nécessaire, alors que chaque degré superflu dégrade le rendement ;
- des radiateurs sous-dimensionnés, hérités d’une chaudière qui envoyait une eau très chaude, quand une pompe à chaleur travaille mieux avec une eau tiède ;
- une machine mal dimensionnée, trop puissante ou trop faible pour le logement, qui enchaîne les cycles courts ou sollicite sa résistance d’appoint ;
- une pose approximative, avec un groupe extérieur mal placé ou un circuit hydraulique mal équilibré.
Rien de tout cela ne se lit sur la fiche technique, où le rendement est calculé dans des conditions de température conventionnelles. C’est le fonctionnement réel, hiver après hiver, qui fait la différence, et il dépend aussi du ciel sous lequel la maison est construite.
Le climat et le froid pèsent sur le résultat
Une pompe à chaleur air/eau puise sa chaleur dans l’air extérieur, et l’air de janvier n’a pas grand-chose à offrir. Les mesures de l’Ademe montrent un écart de performance d’environ 30 % entre les installations du nord et du sud de la France.
L’appareil ne s’arrête pas pour autant quand il gèle. À −4 °C, le coefficient moyen relevé atteint encore 2,0 : la machine restitue toujours deux fois l’énergie qu’elle consomme, mais la marge fond précisément au moment où le chauffage tourne le plus. Dans une maison mal isolée du Nord-Est, les semaines froides pèsent lourd dans le bilan de l’année.
Le prix de l’électricité face à celui du gaz
La division par deux repose aussi sur un rapport de prix. Au 1er octobre 2026, le kilowattheure d’électricité au tarif réglementé de base coûte 0,1985 €, contre un prix repère de 0,1456 € pour le gaz. Avec un COP de 2,9, l’électricité reste nettement plus avantageuse que le gaz brûlé dans une chaudière à 82 % de rendement.
Ce rapport n’est pas gravé dans le marbre. Une hausse de l’électricité plus rapide que celle du gaz grignoterait mécaniquement l’avantage de la pompe, d’autant plus vite que l’installation tourne avec un coefficient faible. Le fioul, à 1,9373 € le litre fin septembre selon les relevés du ministère, laisse en revanche une marge confortable aux foyers qui en sortent. L’économie se juge toujours au regard de l’énergie remplacée.
Une moyenne plutôt qu’une garantie
L’idée reçue n’est donc ni tout à fait vraie ni tout à fait fausse : elle décrit une moyenne mesurée, pas une garantie. Une pompe à chaleur bien choisie, bien posée et bien réglée fait souvent mieux que la moitié, avec des économies proches des deux tiers face à une chaudière gaz. Une installation bâclée peut rester loin du compte.
Le gouvernement chiffre le retour sur investissement entre trois et cinq ans, un délai qui suppose que la machine tienne ses promesses. Le réglage de la loi d’eau, l’état des radiateurs et le sérieux de l’installateur comptent autant que l’appareil lui-même, tout comme les gestes simples, à commencer par le bon réglage de chaque radiateur. Une question demeure, au moment de signer.
Le devis, premier juge de l’économie promise
Une économie annoncée ne vaut que par les hypothèses qui la portent. Un devis sérieux précise le coefficient attendu dans les conditions du logement, la température d’eau visée et le dimensionnement retenu, là où un argumentaire pressé s’en tient au chiffre rond. Le démarchage agressif prospère sur ces promesses, comme le rappellent les arnaques à la rénovation énergétique qui visent les propriétaires de maisons individuelles.
L’Ademe a mesuré qu’une pompe à chaleur air/air remplaçant des convecteurs électriques réduit la consommation de moitié, de 45 à 24 kWh par mètre carré et par an. La division par deux existe bel et bien, mais elle se construit installation par installation, et c’est souvent la lecture attentive des postes de la facture qui révèle, un an plus tard, si elle a été tenue.
