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- Qu’interdit exactement le Code de la route avec un téléphone au volant ?
- Kit mains libres et GPS sur support : qu’est-ce qui reste autorisé ?
- Peut-on prendre son téléphone à un feu rouge ou dans un bouchon ?
- Amende, points, suspension : l’addition d’un téléphone en main
- Pourquoi quelques secondes sur l’écran suffisent-elles à provoquer un accident ?
- Les réglages et réflexes qui neutralisent le téléphone en voiture
- Une habitude qui se joue avant de tourner la clé
Un message qui vibre au moment de s’insérer sur le périphérique, un itinéraire à vérifier, un appel qu’on attendait depuis le matin : le geste vers le smartphone posé sur le siège passager est devenu un réflexe. Selon la Sécurité routière, 80 % des conducteurs utilisent leur téléphone en conduisant, et un accident corporel sur dix est lié à cet usage.
La règle, pourtant, se résume mal. Le Code de la route ne bannit pas le téléphone de la voiture : il encadre la façon de s’en servir, à la main, à l’oreille ou à l’écran. Et la pression monte, puisque fin septembre 2026, une instruction ministérielle a invité tous les préfets à suspendre plus largement les permis pour ce seul motif. Support, kit mains libres, GPS, feu rouge : qu’a-t-on vraiment le droit de faire avec son téléphone au volant ?
Qu’interdit exactement le Code de la route avec un téléphone au volant ?
Le Code de la route interdit trois usages : tenir son téléphone en main, porter à l’oreille un écouteur, une oreillette ou un casque, et placer dans son champ de vision un écran sans lien avec la conduite. Tenir l’appareil coûte 135 € et 3 points, l’écran jusqu’à 1 500 € d’amende.
L’interdiction de la tenue en main ne distingue pas les usages. Passer un appel, lire un SMS, changer de morceau ou simplement déplacer l’appareil du porte-gobelet au tableau de bord tombe sous le même texte : c’est le fait d’avoir le téléphone en main qui est sanctionné, pas ce que l’on en fait.
Les oreillettes sont proscrites depuis 2015, y compris pour garder les mains libres, et la règle vaut aussi sur deux roues, comme le rappellent les règles de la trottinette électrique, puisque cyclistes et trottinettistes risquent eux aussi une amende de 135 €. Reste à savoir ce qui demeure permis, car tout n’est pas interdit dans l’habitacle.
Kit mains libres et GPS sur support : qu’est-ce qui reste autorisé ?
Un kit intégré au véhicule reste autorisé, tout comme le système audio qui diffuse l’appel par les haut-parleurs. La Sécurité routière précise que ces dispositifs, bien que déconseillés, restent autorisés, à condition de ne jamais tenir l’appareil et de ne rien porter à l’oreille.
Le GPS bénéficie d’une exception explicite : un écran d’aide à la navigation peut se trouver dans le champ de vision, contrairement à une vidéo ou à une messagerie. Un smartphone fixé sur un support et utilisé comme guide est donc toléré, tant qu’on ne le manipule pas en roulant. Taper une adresse au premier rond-point revient à le tenir en main. Le bilan 2019 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière recensait 435 000 infractions liées au téléphone en une année, ce qui montre combien la frontière reste floue pour beaucoup. Elle l’est encore davantage dès que la voiture s’immobilise.
Peut-on prendre son téléphone à un feu rouge ou dans un bouchon ?
Non : à un feu rouge comme dans un embouteillage, le conducteur est toujours considéré comme en circulation, et l’amende de 135 € s’applique. La Cour de cassation l’a confirmé en 2018 pour une voiture arrêtée moteur coupé, warnings allumés, mais immobilisée sur une voie de circulation.
Pour décrocher sans risque, il faut sortir de la circulation : s’arrêter sur une place de stationnement, une aire de repos ou un parking. Couper le moteur au bord d’un giratoire ne suffit pas aux yeux des juges. Seule la panne fait exception, puisqu’un automobiliste immobilisé sur le bas-côté doit bien pouvoir appeler les secours. Ce qui change en revanche depuis quelques années, c’est le poids des sanctions qui accompagnent l’amende.
Amende, points, suspension : l’addition d’un téléphone en main
Le socle ne bouge pas : 135 € d’amende forfaitaire et 3 points retirés, soit le quart d’un permis complet et la moitié d’un permis probatoire en première année. Lorsque le téléphone en main s’ajoute à une autre infraction, excès de vitesse ou ceinture non bouclée par exemple, les forces de l’ordre peuvent retenir le permis sur-le-champ.
La suspension administrative, décidée par le préfet, peut désormais tomber pour le téléphone seul. Les Landes ont servi de laboratoire : 300 permis suspendus en trois mois à partir de novembre 2025, puis 12 % de conducteurs en moins repérés téléphone en main selon le ministère, avec une durée moyenne de suspension de 15 jours.
Le simple fait de tenir son téléphone à la main, sans que cela n’entraîne un excès de vitesse ou toute autre infraction, pourra désormais entraîner une suspension administrative du permis.
Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, à propos de l’instruction adressée aux préfets avec le ministre de l’Intérieur, fin septembre 2026
La durée reste fixée par chaque préfecture, dans la limite légale de six mois : un mois en Indre-et-Loire, deux pour les jeunes conducteurs et les professionnels de la route, jusqu’à six mois en Charente-Maritime. Une sévérité qui s’explique par ce que coûtent, sur la route, quelques secondes d’inattention.
Pourquoi quelques secondes sur l’écran suffisent-elles à provoquer un accident ?
Lire un SMS multiplie par 23 le risque d’accident, téléphoner le multiplie par trois, d’après la Sécurité routière. Un regard détourné dure au moins 5 secondes : à 50 km/h, la voiture parcourt 70 mètres sans pilote, soit la longueur d’une rue de quartier avec ses passages piétons.
Même sans quitter la route des yeux, la conversation pèse sur la conduite. Le temps de réaction passe d’une seconde à une seconde et demie, et la distance d’arrêt à 50 km/h grimpe de 28 à 35 mètres : sept mètres de plus, la différence entre un frein et un choc. Le kit mains libres libère les mains, pas l’attention. D’où l’intérêt de quelques réglages qui retirent la tentation avant même de démarrer.
Les réglages et réflexes qui neutralisent le téléphone en voiture
La meilleure parade consiste à rendre le téléphone silencieux avant de boucler sa ceinture, plutôt que de compter sur sa volonté au premier bip. Plusieurs gestes simples y contribuent :
- activer le mode conduite ou « Ne pas déranger », qui coupe les notifications et peut envoyer une réponse automatique ;
- saisir l’adresse dans le GPS et lancer la musique avant de quitter la place de stationnement ;
- fixer le smartphone sur un support bien calé, hors de portée de la main pendant le trajet ;
- confier l’appareil à un passager, qui répond, guide et lit les messages à voix haute ;
- prévoir des pauses sur les longs parcours pour rappeler ceux qui ont tenté de joindre le conducteur.
Ces habitudes s’installent d’autant mieux qu’elles sont partagées. Le baromètre 2020 réalisé par BVA indiquait que 71 % des Français étaient favorables aux mesures restrictives sur le téléphone au volant, et elles trouvent naturellement leur place lors d’un long trajet en voiture avec les enfants, où le copilote devient aussi standardiste.
Une habitude qui se joue avant de tourner la clé
Les routes françaises ont fait 3 515 morts en 2025, et derrière les chiffres, le téléphone a cessé d’être perçu comme un danger tant son usage s’est banalisé. Un conducteur sur quatre reconnaissait déjà, dans un baromètre de la Fondation Maif et de l’Ifsttar, s’être fait peur en manipulant son téléphone au volant.
La question ne se règle pas vraiment au moment où l’écran s’allume. Elle se tranche quelques secondes plus tôt, sur le parking, dans ce petit rituel où l’on décide de ce qui pourra attendre la fin du trajet. Les enfants assis à l’arrière, eux, observent ce rituel bien avant de passer leur propre permis.
