Couper vraiment avec le travail pendant les congés : les bons réflexes pour se reposer

Répondre aux mails du bureau depuis la plage n'a rien d'une fatalité. Préparer son absence, encadrer le téléphone et s'appuyer sur le droit à la déconnexion permet de se reposer pour de bon.

Afficher le résumé Masquer le résumé

Les valises sont bouclées, la maison est fermée, et pourtant une partie de vous reste au bureau. Entre la notification qui vibre sur la plage et le « petit coup d’œil » à la boîte mail avant le café, la pause estivale ressemble de moins en moins à une pause. Déconnecter pendant les congés, c’est cesser tout contact avec les outils professionnels le temps de ses vacances : plus de messagerie, plus d’appels, plus de tableau de bord consulté en cachette depuis le transat.

La question dépasse largement le cas de chaque foyer. Depuis 1936 et les premiers congés payés, deux semaines à l’époque, la France a construit un modèle de repos qui atteint aujourd’hui cinq semaines de congés légaux par an. Encore faut-il que ces semaines reposent réellement. Comment couper pour de bon avec le travail quand le bureau tient désormais dans la poche ?

Ce qui se joue dans le cerveau pendant une vraie coupure

Les chercheurs en psychologie du travail parlent de « détachement psychologique » : le fait de ne plus penser au travail pendant le temps de repos. Les travaux de la psychologue allemande Sabine Sonnentag montrent que ce détachement conditionne la qualité de la récupération, bien davantage que la durée du séjour ou la destination choisie.

Le bénéfice, lui, reste fragile. D’après les études de la chercheuse Jessica de Bloom sur les effets des vacances, le regain de bien-être et d’énergie s’estompe en deux à quatre semaines après le retour. Autant dire qu’une pause déjà parasitée par les mails part avec un sérieux handicap. Ce constat a fini par pousser le législateur à s’emparer du sujet.

Un droit à la déconnexion inscrit dans la loi

La France a été le premier pays à inscrire ce principe dans son Code du travail. La loi du 8 août 2016 a créé un droit à la déconnexion, entré en vigueur le 1er janvier 2017, qui impose aux entreprises d’au moins 50 salariés de négocier chaque année les modalités d’usage des outils numériques en dehors du temps de travail.

Pour qu’il soit efficace, le droit à la déconnexion doit s’accompagner d’un devoir de déconnexion dont le respect incombe d’abord à chacun d’entre nous, mais aussi à l’entreprise.

Bruno Mettling, rapport « Transformation numérique et vie au travail » remis au ministère du Travail, septembre 2015

Ce cadre pose un principe clair : un salarié ne peut pas être sanctionné pour ne pas avoir répondu à une sollicitation en dehors de son temps de travail. Dans les structures de moins de 50 salariés, l’employeur reste malgré tout tenu de protéger la santé physique et mentale de ses équipes, ce qui couvre la surcharge numérique.

Le texte protège, mais il ne décroche pas le téléphone à votre place. La protection juridique ne suffit pas à faire lâcher la messagerie, et la déconnexion réelle se prépare avant même de partir.

Préparer son absence avant de fermer la porte

Une coupure réussie se joue dans les derniers jours de travail, au même titre que les vérifications de la maison avant le départ. Selon le sondage Qapa mené en 2020, 71 % des Français répondaient encore à leurs appels ou mails professionnels pendant leurs congés, contre 62 % deux ans plus tôt. Quelques habitudes simples réduisent nettement cette porosité :

  • rédiger un message d’absence précis, avec la date de retour et le nom d’un collègue à contacter en cas d’urgence ;
  • transmettre les dossiers sensibles une semaine avant le départ, avec un point d’étape écrit ;
  • définir avec son responsable ce qui justifie, ou non, un appel pendant l’absence ;
  • désactiver les notifications des applications professionnelles, voire les désinstaller le temps du séjour ;
  • prévenir ses interlocuteurs réguliers, clients ou fournisseurs, plutôt que de les laisser découvrir l’absence.

Ces gestes déplacent la charge au bon endroit : l’organisation absorbe l’absence, et le cerveau reçoit le signal que rien ne repose plus sur lui. Reste à tenir la ligne une fois sur place.

Sur place, dompter le téléphone sans le bannir

Le principal point de fuite reste la boîte mail. Toujours selon Qapa, 49 % des personnes interrogées consultaient leur messagerie professionnelle plusieurs fois par jour pendant leurs vacances. Le paradoxe est bien connu des foyers où l’on travaille à la maison avec des enfants : la frontière entre sphère privée et sphère professionnelle s’est brouillée dans les deux sens.

Plutôt qu’une abstinence intenable, les spécialistes de la prévention conseillent des règles matérielles. Un créneau unique de consultation en tout début de séjour puis plus rien, le téléphone hors de la chambre la nuit, les alertes coupées : des garde-fous concrets valent mieux que des résolutions abstraites qui cèdent à la première vibration.

Le même sondage révèle que 56 % des vacanciers se disent dérangés par ce lien permanent avec leur activité, contre 41 % deux ans auparavant. La gêne progresse donc plus vite que la connexion elle-même, signe qu’une bascule est en train de s’opérer dans les habitudes.

Une affaire d’équipe autant que de volonté

La déconnexion individuelle tient rarement si le collectif ne suit pas. Une étude Indeed menée avec Censuswide estime que près d’un salarié français sur quatre consulte encore ses mails professionnels pendant ses vacances, souvent par crainte de la pile qui l’attend au retour ou du regard des collègues. Étaler les départs, désigner des binômes de remplacement et bannir les fausses urgences relève du fonctionnement d’équipe, pas de la seule volonté de chacun.

Côté maison, le foyer a aussi sa partition à jouer : préparer le budget du séjour en amont évite de transformer les vacances en gestion de crise, et un programme trop chargé recrée la même pression d’agenda que celle du bureau. Le repos se protège des deux côtés, professionnel et domestique.

Ce que des vacances réussies disent du reste de l’année

La difficulté à couper pendant trois semaines d’été révèle surtout la place prise par la connexion pendant les 49 autres semaines. Le chemin parcouru depuis les deux semaines de congés payés de 1936 rappelle que le repos est une construction collective, jamais un acquis définitif : chaque génération a dû redessiner la frontière entre temps de travail et temps à soi.

Les soirées sans écran, la messagerie qui attend le lendemain matin, le week-end sans « dernier point rapide » : ce qui se teste l’été peut s’installer à l’année. Une coupure estivale réussie devient alors moins une parenthèse qu’un galop d’essai pour un quotidien mieux équilibré, où la disponibilité permanente cesse d’être la norme silencieuse du foyer.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Vous aimez cet article ? Partagez !


Réagissez à cet article