Le code imprimé sur les œufs : ce que disent le 0, le 1, le 2 et le 3

Une inscription rouge sur la coquille indique le mode d'élevage, le pays et même le bâtiment où l'œuf a été pondu. Ce qu'elle garantit, et ce qu'elle ne dit pas des conditions de vie des poules.

Main tenant un œuf marqué d'un code rouge au-dessus d'une boîte d'œufs ouverte sur un plan de travail
Fin 2025, 77 % des poules pondeuses françaises vivaient en élevage alternatif, bio, plein air, Label Rouge ou au sol.
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Sur chaque œuf vendu en magasin, une petite inscription à l’encre rouge passe presque toujours inaperçue. Elle dit pourtant l’essentiel : comment la poule a été élevée et d’où vient l’œuf, jusqu’au bâtiment où il a été pondu. Ce marquage est obligatoire dans toute l’Union européenne, et il se lit en quelques secondes.

Le sujet n’a rien d’anecdotique. Les Français consomment plus de 230 œufs par personne et par an, tous usages confondus, selon l’interprofession, et les modes d’élevage ont profondément changé en une décennie. Que signifie exactement ce code, et que dit-il vraiment des conditions de vie des poules ?

Comment lire le code imprimé sur la coquille ?

Le code se présente sous la forme 1 FR XAZ 01 : le premier chiffre indique le mode d’élevage, les deux lettres le pays de production, les trois lettres suivantes l’élevage et les deux derniers chiffres le bâtiment, précise la DGCCRF. Cette dernière précision n’existe qu’en France.

Ce marquage permet de remonter jusqu’à la source en cas de problème sanitaire, mais il sert surtout au consommateur. Le premier chiffre suffit à trier les œufs selon le mode d’élevage, sans même lire l’emballage, qui peut afficher des images de prés verdoyants sans rapport avec la réalité.

Le code pays mérite aussi un coup d’œil. Un œuf marqué FR a été pondu en France, un œuf marqué ES ou PL vient d’Espagne ou de Pologne, ce qui arrive surtout dans les produits transformés et la restauration, moins sur les boîtes vendues en grande surface. La France produit l’essentiel de ce qu’elle consomme : 957 000 tonnes d’œufs en 2025, soit près de 16 milliards d’œufs, selon l’interprofession.

Que signifient les chiffres 0, 1, 2 et 3 ?

Les quatre chiffres correspondent à quatre modes d’élevage, du plus exigeant au moins exigeant : 0 pour le bio, 1 pour le plein air, 2 pour l’élevage au sol et 3 pour la cage aménagée. Les écarts d’espace disponible pour chaque poule sont considérables.

CodeMode d’élevageAccès à l’extérieurEspace
0BiologiqueOui6 poules par m² à l’intérieur, 4 m² de parcours chacune
1Plein airOui4 m² de parcours par poule
2Au solNon9 poules par m² dans le bâtiment
3Cage aménagéeNon750 cm² minimum par poule

Le Label Rouge ajoute des exigences au plein air : selon le cahier des charges de l’INAO, au moins 5 m² de parcours par poule, au moins vingt arbres, 6 000 poules au maximum par bâtiment et une alimentation 100 % végétale. Ces logos s’ajoutent au code sans le remplacer, comme l’explique notre décryptage des garanties du Label Rouge.

Quelle part des poules vit encore en cage ?

La cage recule nettement : fin 2025, selon l’interprofession des œufs, 77 % des poules pondeuses vivaient en élevage alternatif, c’est-à-dire bio, plein air, Label Rouge ou au sol. La cage représente donc encore un peu moins d’un quart du cheptel.

  • 32 % des poules en plein air hors Label Rouge ;
  • 26 % élevées au sol ;
  • 13 % en agriculture biologique ;
  • 6 % en Label Rouge ;
  • environ 23 % encore en cage aménagée.

La progression est rapide : les élevages alternatifs ne représentaient que 36,7 % en 2017. Depuis la loi EGalim de 2018, il est interdit de mettre en production un bâtiment de poules en cage neuf ou réaménagé, et la filière vise 90 % d’élevages alternatifs d’ici 2030.

Le décret d’application de cette interdiction est paru au Journal officiel en décembre 2021. Les étapes intermédiaires montrent la vitesse du mouvement : 53 % d’élevages alternatifs en 2019, 67 % en 2021, 73 % en 2023, puis plus de 75 % fin 2024. Les cages existantes peuvent en revanche continuer de fonctionner jusqu’à la fin de leur vie, ce qui explique leur recul progressif plutôt qu’une disparition brutale.

Le plein air garantit-il une poule qui sort tous les jours ?

Le plein air garantit un accès à un parcours extérieur, pas une sortie quotidienne : les poules sortent quand les trappes sont ouvertes et quand elles le décident, et les épisodes de grippe aviaire imposent parfois de les confiner. Le code 1 reste valable pendant ces périodes encadrées.

La demande, elle, ne faiblit pas. Face à une consommation record, l’interprofession a lancé un plan de 300 nouveaux poulaillers pour atteindre ses objectifs, en appelant l’État à accompagner les éleveurs. Son président le résumait en début d’année.

Nous sommes en ordre de marche pour relever le défi de la consommation et nous progressons vers notre objectif. Cependant, pour avancer sereinement et efficacement, nous avons besoin de soutien.

Yves-Marie Beaudet, éleveur de poules pondeuses et président du CNPO, l’interprofession des œufs, communiqué du 13 janvier 2026

Ce plan prévoit 6 millions de places supplémentaires en élevage alternatif. Pour le consommateur, il se traduit par une offre plus large en œufs codés 0, 1 et 2, y compris dans les gammes de premier prix, longtemps dominées par la cage. Encore faut-il que les bâtiments sortent de terre : dans le même communiqué, l’interprofession demande au gouvernement de simplifier les démarches administratives imposées aux éleveurs qui veulent construire, qu’elle présente comme le principal frein à son développement.

Un chiffre qui oriente les rayons

En 2024, 81,7 % des œufs vendus en magasin provenaient d’élevages alternatifs, selon l’interprofession. Ce basculement doit beaucoup aux consommateurs qui ont appris à lire le premier chiffre du code, et aux enseignes qui ont retiré les œufs de cage de leurs rayons. Avec 97 % de Français consommateurs d’œufs et 7,3 milliards d’œufs achetés chaque année par les ménages, le moindre changement d’habitude se lit immédiatement dans les élevages.

Le code ne dit pas tout pour autant : ni l’alimentation des poules, ni la fraîcheur de l’œuf, ni sa taille. Ces informations figurent sur la boîte d’œufs et ses mentions obligatoires. Les œufs cassés dans les gâteaux, les pâtes ou les plats préparés, eux, échappent encore largement à ce regard, alors qu’ils pèsent lourd dans la consommation totale.

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