Orthographe : comment aider son enfant à progresser à la maison ?

Dès la session 2027, deux points du brevet et du bac iront à la maîtrise de la langue. À la maison, quelques minutes bien employées chaque jour pèsent plus qu'on ne le croit sur les fautes d'accord.

Un garçon écrit au stylo plume dans un cahier pendant que sa mère, souriante, lui montre un mot sur la page
Un quart d'heure régulier d'écriture et de relecture à la maison pèse davantage qu'une longue séance le week-end.
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Un « a » privé de son accent, un participe passé qui s’accorde au hasard, un pluriel oublié en fin de phrase : les copies qui reviennent dans le cartable racontent souvent la même histoire. L’orthographe, c’est l’ensemble des règles qui fixent la manière d’écrire les mots et de les accorder entre eux, et elle se travaille bien plus qu’elle ne se possède, à l’école comme à la table de la cuisine.

Le sujet n’a rien de neuf, mais il pèse davantage depuis que deux points seront réservés à la maîtrise de la langue dans toutes les épreuves du brevet et du baccalauréat à partir de la session 2027. Entre les devoirs, le dîner et le bain, que peut-on faire de vraiment utile à la maison pour aider un enfant à mieux écrire ?

Pourquoi l’orthographe des écoliers recule-t-elle depuis 1987 ?

Elle recule parce que les accords grammaticaux sont moins automatisés qu’autrefois. Sur une même dictée de 67 mots, les élèves de CM2 faisaient 10,7 erreurs en 1987 et 19,4 en 2021, selon la note d’information 22.37 publiée en décembre 2022 par la direction des études statistiques du ministère de l’Éducation nationale.

La pente s’est un peu adoucie entre 2015 et 2021, avec 18 erreurs puis 19,4, mais la part d’élèves qui dépassent 25 erreurs a quadruplé : 6,9 % en 1987, 27,5 % en 2021. Le même texte, dicté à des enfants du même âge, sert de thermomètre depuis près de quarante ans, ce qui rend la comparaison solide.

Les explications avancées sont multiples, du temps d’enseignement du français à la place prise par l’écrit abrégé des messageries. Une chose ressort nettement des copies : ce ne sont pas les mots eux-mêmes qui posent problème, mais la manière dont ils s’accordent, ce qui change tout dans la façon de s’y prendre.

Quelles fautes d’orthographe corriger en priorité chez un enfant ?

Les fautes d’accord passent en premier, car ce sont les plus nombreuses. En 2021, les écoliers de CM2 ne commettaient qu’environ trois erreurs lexicales sur les 19,4 relevées en moyenne : tout le reste tenait à l’accord du verbe avec son sujet, aux accords dans le groupe nominal et au participe passé.

Concrètement, mieux vaut laisser de côté le mot rare mal orthographié et revenir, encore et encore, sur la question qui fâche : qui fait l’action, et combien sont-ils ? Un enfant qui prend le réflexe de remonter jusqu’au sujet avant d’écrire la fin du verbe règle d’un coup une bonne part de ses erreurs. C’est aussi l’avis de ceux qui voient passer les copies de troisième.

La solution, c’est ce qu’on fait en amont pour améliorer la langue.

Tayeb El-Aissaoui, professeur d’histoire-géographie et responsable des élèves de troisième au collège Saint-Joseph d’Asnières-sur-Seine, à propos de la réforme du brevet et du bac, propos rapportés par l’Apel le 28 septembre 2026

Cinq gestes qui font progresser à la maison

Ce travail en amont n’exige ni manuel ni cahier d’exercices acheté en librairie : quelques habitudes courtes, répétées souvent, suffisent à faire bouger les choses en quelques mois.

  • La dictée courte de trois ou quatre phrases, relue ensemble à voix haute, en cherchant d’abord le sujet de chaque verbe ;
  • La copie attentive d’un petit texte aimé, qui oblige l’œil à photographier les mots plutôt qu’à les deviner ;
  • La relecture en deux passages, un pour le sens, un second consacré uniquement aux accords ;
  • L’écrit utile du quotidien, comme la liste de courses, le mot laissé sur le frigo ou la carte postale aux grands-parents ;
  • Le jeu, avec les mots croisés, le pendu ou les jeux de lettres posés sur la table du dimanche.

Le dernier point compte plus qu’il n’y paraît : un enfant qui joue avec les lettres s’entraîne sans se sentir évalué, et le rituel des jeux de société s’y prête très bien. Rappelons que la dictée qui sert de référence nationale ne compte que 67 mots : inutile de viser plus long pour qu’un exercice soit efficace, et c’est justement la question du temps qui se pose ensuite.

Combien de temps consacrer à l’orthographe chaque jour ?

Un petit quart d’heure quotidien vaut mieux qu’une longue séance le week-end. La lecture en est le meilleur allié, or les 7-19 ans ne lisent que 19 minutes par jour pour le plaisir, contre 3 heures et 11 minutes passées devant les écrans, d’après l’étude du Centre national du livre publiée en avril 2024.

L’écart se creuse avec l’âge : les 16-19 ans tombent à 12 minutes de lecture quotidienne, tandis que leur temps d’écran grimpe à 5 heures et 10 minutes. Chaque page lue nourrit pourtant la mémoire visuelle des mots, sans effort apparent, et poser un cadre simple autour des écrans libère souvent ces quelques minutes sans conflit. Reste à savoir si tous les enfants partent avec les mêmes chances.

Les garçons font-ils plus de fautes d’orthographe que les filles ?

Oui, et l’écart est net dès la fin du primaire. En 2021, à la dictée de la direction des études statistiques, les filles faisaient 17,7 erreurs en moyenne, contre 21,1 pour les garçons, soit 3,4 erreurs de différence sur un texte de 67 mots, à âge et à niveau scolaire identiques.

Le milieu pèse au moins autant que le sexe : 21,9 erreurs dans les écoles les moins favorisées, 15,5 dans les plus favorisées. Ces moyennes ne disent rien d’un enfant en particulier, mais elles rappellent qu’une partie de l’écart se joue hors de la classe, dans le temps passé à lire et à écrire en dehors des devoirs.

Un garçon qui rechigne à écrire n’est donc pas condamné aux fautes. Il a souvent simplement besoin d’occasions d’écrire qui ne ressemblent pas à des devoirs, et d’un adulte qui corrige sans dramatiser, en pointant une seule règle à la fois plutôt que toutes les erreurs de la page.

Deux points au brevet, et tout ce qui se joue avant

Deux points sur vingt, ce n’est pas grand-chose sur le papier. Ce barème rappelle pourtant une évidence que les familles connaissent depuis longtemps : l’écrit soigné se remarque, dans une copie d’histoire comme dans une lettre de motivation ou un message envoyé à un futur employeur. Et ce qu’une mention change vraiment se décide rarement l’année de l’examen.

La vraie question n’est peut-être pas de savoir combien de fautes un enfant fait aujourd’hui, mais quelle place l’écrit occupe dans la vie de la maison. Une liste griffonnée, un livre ouvert avant de dormir, une règle d’accord vérifiée ensemble au détour d’un message : c’est dans ces minutes ordinaires, bien plus qu’à la veille du brevet, que se fabrique une orthographe qui tient.

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