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- Six dates entre la loi de 2023 et le comptoir de la pharmacie
- Avant et depuis le 1er octobre, une culotte menstruelle ne s’achète plus pareil
- Moins de 26 ans ou C2S, et deux produits par an
- Le calcul pour une lycéenne de 16 ans
- Au comptoir puis dans la salle de bains, les bons gestes
- Ce que réserve la première année du dispositif
Depuis le 1er octobre 2026, un passage en pharmacie ne ressemble plus tout à fait aux autres pour une partie des moins de 26 ans. Carte Vitale tendue au comptoir, une culotte ou une coupe menstruelle peut désormais être remboursée par l’Assurance maladie, sans ordonnance ni démarche préalable. La mesure, votée fin 2023, a mis près de trois ans à franchir la porte des officines.
Les protections périodiques réutilisables désignent ces produits lavables qui remplacent serviettes et tampons jetables pendant plusieurs cycles. La culotte absorbe le flux dans son tissu, la coupe le recueille dans un petit réceptacle souple en silicone. Leur promesse tient en deux mots, économie et déchets en moins, face à quelque 11 000 protections jetables utilisées au cours d’une vie, selon l’Agence de la transition écologique.
Jusqu’ici, leur prix d’achat freinait bien des tiroirs de salle de bains. Qui peut réellement profiter de ce remboursement, pour combien de produits et quel reste à payer ?
Six dates entre la loi de 2023 et le comptoir de la pharmacie
Le remboursement n’est pas sorti d’un seul texte. Il s’est construit par couches successives, de la loi à la liste des références, et chaque étape a fixé une pièce du dispositif :
- 26 décembre 2023 : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 inscrit, à son article 40, la prise en charge des protections périodiques réutilisables ;
- 5 novembre 2024 : les idées reçues sur les culottes menstruelles se dissipent, mais une culotte coûte encore entre 20 et 40 €, entièrement à la charge de celle qui l’achète ;
- 17 avril 2026 : le décret n° 2026-288, publié au Journal officiel le lendemain, retient deux catégories de produits, les coupes et les culottes menstruelles ;
- 9 juillet 2026 : une décision fixe le taux de participation laissé à l’assurée ;
- 6 août 2026 : un arrêté définit les modalités de prise en charge et cale l’entrée en vigueur au 1er octobre ;
- 28 septembre 2026 : l’Assurance maladie publie les prix limites de vente et les premières marques référencées, trois jours avant le démarrage.
Ce long calendrier explique que la mesure soit passée presque inaperçue. Entre l’annonce et l’application, les règles du jeu ont pourtant beaucoup changé, et c’est en les comparant terme à terme qu’on mesure l’écart.
Avant et depuis le 1er octobre, une culotte menstruelle ne s’achète plus pareil
Le tableau ci-dessous confronte ce qui valait à l’automne 2024 et ce qui vaut aujourd’hui, d’après le décret, l’arrêté du 6 août et le communiqué de l’Assurance maladie.
| Point | Novembre 2024 | Depuis le 1er octobre 2026 |
|---|---|---|
| Remboursement | Aucun | 60 % par l’Assurance maladie pour les moins de 26 ans, 100 % pour la C2S |
| Prix d’une culotte | Entre 20 et 40 € dans le commerce | 19 € maximum pour une référence remboursable |
| Prix d’une coupe | Libre | 15,80 € maximum pour une référence remboursable |
| Lieu d’achat | Partout | Pharmacie, pour être remboursé |
| Exigences de sécurité | Certifications laissées au choix des marques | Oeko-Tex Standard 100 classe I ou II pour la culotte, Ecolabel européen ou norme ISO 10993-1 pour la coupe |
Le changement le plus discret est peut-être le plus utile : le remboursement impose un plafond de prix, là où le marché affichait jusqu’au double. Une culotte référencée doit aussi absorber plus de 12 ml, et les coupes se déclinent en deux contenances, jusqu’à 20 ml ou entre 20 et 30 ml.
Ces garde-fous techniques rassurent sur la qualité. Encore faut-il entrer dans le cercle des bénéficiaires, qui reste nettement délimité.
Moins de 26 ans ou C2S, et deux produits par an
Deux portes donnent accès au dispositif. La première est l’âge : toute assurée de moins de 26 ans, sans condition de ressources, quel que soit le niveau de revenus de ses parents. La seconde est la Complémentaire santé solidaire, qui ouvre le remboursement intégral à tout âge.
Selon le communiqué de la Caisse nationale, environ 6,7 millions de personnes menstruées sont concernées. La prise en charge reste limitée à deux produits par période de douze mois, décomptée de date à date à partir du premier achat remboursé : une coupe et une culotte, ou deux culottes, achetées le 15 octobre 2026 ouvrent un compteur qui court jusqu’au 14 octobre 2027.
Cette prise en charge est une avancée concrète pour des millions de femmes : elle apporte une réponse à un véritable enjeu de santé publique, la précarité menstruelle, qui touche particulièrement les jeunes femmes et les publics les plus fragiles.
Catherine Grenier, médecin-conseil nationale de l’Assurance maladie, communiqué de presse du 28 septembre 2026
La règle des deux produits est pensée pour des articles conçus pour durer plusieurs cycles. Au-delà de deux références par an, tout redevient payant, au prix libre du commerce.
Le calcul pour une lycéenne de 16 ans
Prenons une adolescente de 16 ans en octobre 2026, couverte par la mutuelle familiale. Pour deux culottes au prix limite de 19 €, soit 38 €, l’Assurance maladie verse 60 %, 11,40 € par culotte, soit 22,80 € sur l’année. Les 15,20 € restants relèvent de la complémentaire.
D’après l’Assurance maladie, le reste est couvert intégralement par les contrats les plus courants, dits responsables, ceux que l’on retrouve dans le tableau de garanties d’une complémentaire santé. Avec un tel contrat, le passage en caisse peut se solder à zéro euro, ou à une avance de 7,60 € par culotte remboursée en quelques jours selon la pharmacie. Le panachage coupe et culotte revient à 34,80 €, dont 20,88 € pour l’Assurance maladie.
Sur la durée, l’addition prend de l’ampleur. Jusqu’à ses 26 ans, cette lycéenne dispose de dix périodes de douze mois, donc de vingt produits remboursables, 380 € au prix limite, dont 228 € à la charge de l’Assurance maladie. En 2024, 60 Millions de consommateurs estimait à 23 € par mois la dépense moyenne en jetables, soit environ 276 € sur une année.
Au comptoir puis dans la salle de bains, les bons gestes
Pas besoin d’ordonnance : la carte Vitale suffit, et le pharmacien vérifie l’éligibilité avant d’orienter vers les références disponibles en rayon. Seuls les produits inscrits sur la liste du ministère de la Santé sont pris en charge, avec pour l’instant cinq marques citées par l’Assurance maladie, Elia Innovation, Biocodex, Petites Choses, Claripharm et Sisters Républic. Le détail figure dans le communiqué de l’Assurance maladie sur les protections réutilisables.
À la maison, l’usage compte autant que l’achat. L’Assurance maladie recommande de laver toute protection lavable avant le premier port, puis de vider la coupe toutes les 4 à 6 heures au maximum, avec un temps de port qui ne dépasse pas 6 à 8 heures. Entre deux usages, la coupe se nettoie à l’eau chaude avec un savon sans huile ni parfum, et la nuit reste plutôt le domaine des protections externes.
Ce que réserve la première année du dispositif
La liste des références remboursables est appelée à évoluer, de l’aveu même de l’Assurance maladie. Le premier compteur de douze mois expirera à l’automne 2027, et c’est à ce moment que l’on verra si deux produits par an suffisent réellement à couvrir un cycle complet, lavages et séchages compris.
Une frontière demeure : au-delà de 26 ans et hors C2S, une culotte réutilisable se paie toujours plein tarif. Le décret ne vise que les coupes et les culottes, et le débat sur un élargissement à d’autres âges ou à d’autres protections n’a, pour l’heure, reçu aucune date. D’ici là, c’est dans le tiroir des plus jeunes que la mesure change concrètement la donne.
